‹ La pluralité des existences de l'âme [microform], conforme à la doctrine de la pluralité des mondes;Chapitre 19 sur 181 · Servius ad JEneid., lib. III · texte numérisé non relu

Servius ad JEneid., lib. III

2. A. Maury, Religions de la Grèce; Creuzer, traduit par Guigniau! ; Louis Ménard, Du polythéisme hellénique : nous en donnons le résumé dans les trois pages suivantes.

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les guides des générations aventureuses qui vont chercher de nouvelles patries. Ils rattachent par le lien des souvenirs les familles à la cité , les colonies à la métropole , le présent et l'avenir au passé. Voilà quelle était la croyance du peuple hellénique, simple, claire, unanime, offrant, en un mot, tous les caractères d'une infaillihle révélation. Cette croyance, le peuple ne l'analysait pas, ne la discutait pas; elle était née avec lui, inséparable de son existence , conforme à son caractère, inhérente à son génie , intimement unie à tous ses principes de morale sociale et politique ,*à ses coutumes , à ses institutions et à ses lois. L'immortalité s'afQrme toujours de la manière la plus précise. Homère, en cela comme en toute chose , s'attache au point capital : ce qui Tintéresse, c'est la persistance de l'individualité après la mort. Or, l'individu est déterminé dans l'ensemble des choses par ses rapports avec d'autres êtres, dans l'espace par la forme corporelle , dans le temps parla mémoire. Homère donne donc aux morts une forme visible, il fait de la mémoire leur attribut principal, et il réunit dans la mort ceux qui se sont aimés pendant la vie : les amis se promènent ensemble en s'entretenant de leurs souvenirs. La religion de la justice remplace la religion de la force ; la vie future répare les erreurs de la destinée; ou plutôt il n'y avait là ni destinée, ni hasard , ni erreur, ni injustice; les biens et les maux de la vie n'étaient que des épreuves, les dieux sont absous, et, comine le diront plus tard les stoïciens, la douleur est un bien si elle développe notre courage, le plaisir est un mal s'il énerve notre vertu. L'immortalité de l'âme étend au delà du tombeau les conséquences de notre libre arbitre, et l'homme devient l'artisan de sa destinée. Des actes successifs dont se compose la vie , la mort fait une somme qui constitue notre

existence éternelle. La mémoire, qui est la conscience du passé, classe chacun de nous dans la hiérarchie des êtres. Ce jugement définitif de l'homme sur lui-même est représenté chez les poètes par toutes sortes d'images, par les juges de l'enfer, par le Tartare et l'Elysée, parles Érinnyes qui sont tout à la fois les imprécations de la victime et les remords du coupable, par les Euménides, bienveillantes aux justes, terribles aux méchants. Ces derniers sont punis par le souvenir personnifié de leurs propres crimes, idée que Polygnote rendit dans ses peintures de la Lesché de Delphes d'une manière très-saisissante : il représenta un mauvais fils, condamné dans le Tartare à être étranglé par son père.

Quant au séjour des saints, il est difficile d'en faire une description qui ne soit pas empruntée à la vie terrestre. Le printemps éternel, les moissons qui naissent sans culture, et même les hymnes sans fin dont parle un fragment de Pindare, tous les paradis de nos rêves ne sont que de pâles copies des spectacles magnifiques que la lumière montre aux vivants. Le véritable honheur des justes, c'est de veiller après leur mort sur ceux qu'ils ont aimés pendan» leur vie. Les âmes saintes des ancêtres, des hommes de la race d'or, sont devenues les Anges de la terre , les bons Démons, gardiens des hommes mortels. Vêtus d'air invisible, parcourant toute la terre, ils observent les actions justes ou coupables, et distribuent les bienfaits : «Voilà, dit Hésiode, leur fonction royale. » C'est toujours la doctrine homérique de l'immortalité parla mémoire; le souvenir, qui est l'existence des morts , assiste comme un témoin muet à tous les actes des vivants. De leur sphère idéale, les héros et les saints surveillent les générations nouvelles; invisibles et toujours présents, ils nous dé-

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tournent du mal et nous inspirent les grandes pensées. Ils répandent de loin sur nous leurs influences bénies , et comme le soleil attire les vapeurs de la terre , ils nous élèvent et nous épurent, et nous appellent prés d'eux dans les régions supérieures. Les prières montent, les secours descendent, et la pensée des morts conduit les vivants par la route escarpée de l'ascension.

Homère nomme souvent les ûmes, des lumières; comme celles qui brillent au firmament, elles ne s'éteignent dans notre hémisphère que peur s'allumer dans un autre. Une force peut devenir latente, mais elle ne peut mourir. La permanence individuelle découle nécessairement du principe de la pluralité et de l'indépendance des causes. On ne peut retrancher une maille du réseau de la vie universelle, une note de l'harmonie du monde; rien ne doit manquer à la perfection de Tensemble, la balance des nombres serait faussée si un seul chiffre pouvait disparaître. Aucune place ne peut rester vide, aucun vote ne peut être supprimé, car la loi sociale est la somme des droits de chacun, et l'homme est aussi nécessaire que Jésus, il est un des citoyens de la république des dieux. Du ciel à la terre, il n'y a pas d'abîme : entre eux et nous , les immortels ont étendu l'échelle de Tapothéose, et sur tous les degrés il y a des vertus vivantes qui nous tendent la main. Le culte des ancêtres est la religion de la famille, le cuite des dieux est la religion de la cité. Nous invoquons avec confiance ceux qui nous ont protégés pendant leur vie, et ils recueillent nos prières, eux, les amis indulgents, qui comprennent toutes nos défaillances et qui pardonnent toujours, parce qu'ils ont souffert et lutté comme nous. Peut-être les dieux supérieurs sont-ils trop grands pour nous entendre, ils ne . changeront pas pour nous l'ordre immuable des choses ;

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