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PLURALITÉ DES VIES
chir violemment un grade sans l'épreuve et le mérite *. » N'est-il pas défendu aussi à l'initié d'un grade de pénétrer, avant d'y être promu, les secrets du grade supérieur? Cette dernière défense est la condamnation du suicide. L'homme ne peut s'affranchir volontairement du degré terrestre de l'initiation. Ballanche a bien connu la haute signification des Mystères -, car il fait dire à Thamyris , après son initiation : (( Je compris la raison des épreuves de l'humanité,
1. C'est ce que j'ai exprimé dans le chanl des iniliéâ aux grands Mystères, qui termine l'épilogue de Falkir.
Falkir, nous déplorons ta chute, Tu voulus éviter la lullc, Brisant l'épreuve par la mort.
On ne monte pas sans effort.
Par une coupable escalade, On ne s'élève pas au grade Avant de l'avoir mérité.
2. Que la doctrine de la vie future ait été enseignée dans les Mystères, on n'en saurait douter. Cicéron s'exprime ainsi dans le second livre des Lois : a Par le secours des Mystères, les hommes apprennent non-seulement à vaincre et à vivre dans la paix, mais encore à mçuriidans l'espérance d'un avenir meilleur. » Jamblique rapporte celte pensée comme comprise dans l'enseignement 'des Mystères : u Les âmes s'élèvent souvent à force de mérite dans les sphères supérieures; alor^ Tranchissanl les limites qui leur étaient prescrites, elles perdent leur existence infinie pour revêtir celle de la famille et de la nouvelle société à laquelle elles sont agrégées. » {Des Mystères, sect. II, cap. 2.) Plularque, dans une occasion où il ne pouvait mentir, où il devait parler avec son cœur pour consoler sa femme de la mort de leur Ûlle commune, a écrit : « Le vulgaire [profanum vulfjiis) s'imagine qu'après la mort il ne reste plus rien de l'homme, qu'il n'y a pour lui ni biens ni maux ; lu sais bien le contraire, ô mon épouse chi'rie ; une tradition de famille (les ancêtres de Plutarque avaient tous été initiés, son père avait été hiérophante) nous a transmis de génération en génération une doctrine différente. D'ailleurs, initiés comme nous le sommes aux Myslères sacrés de Bacchus, nous savons les grandes vérilés. Oui, l'unie est immortelle et un avenir lui est assuré. ■ [Coiisol, ad uxorem,)
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épreuves dont les Mystères d'Isis offrent une image K » Ballanche ajoute dans un autre passage : «Les anciens disaient que les initiés seuls parvenaient à la vie heureuse de l'Elysée, et que les autres étaient plongés dans le Tartare ; dans le langage de l'initiation, cela voulait dire que le reste serait appelé à de nouvelles épreuves. Servius explique, et il y était autorisé, que l'enfer, la région inférieure, c'est notre monde *. »
Tout dans l'organisation hiérarchique des Mystères se rapporte au dogme des vies successives, des épreuves progressivement imposées, de l'avancement par l'initiation, des divers grades conquis par le mérite et par la vertu. Les Mystères étaient la représentation symbolique des destinées humaines. Le néophyte, après avoir passé la porte défendue par les trois gardes, s'engageait à ne plus reculer. Si la fermeté lui manquait dans les épreuves qu'il devait subir, il passait le reste de sa vie dans les appartements attachés au temple, où il pouvait cependant, par son zèle, monter encore au rang d'officier subalterne ^
Le vestibule du temple représentait la vie terrestre, le s('jour des mondes inférieurs, de l'enfer; le sanctuaire' où parvenait l'initié vainqueur des épreuves était le symbole de la vie heureuse dans les grands deux , dans les mondes supérieurs; de là ce principe : On ne peut s'élever que par le mérite et la vertu; la récompense n'appartient qu'à celui qui a traversé les épreuves. D'un autre côté, les degrés de l'initiation variant suivant l'avancement et le progrès de l'initié, on en déduisait cet autre principe : La récompense est proportionnelle au mérite.
I. Orphée, p. 437. — 2, Paliiigéncsic sociale, p. 105. 3. Reghellini de Scio, La maçonnerie considérée comme le résultat des religions égyptienne, juive et chrétienne, t. I«', p. l J.
PLURALITÉ DES VIES
chir violemment un grade sans l'épreuve et le mérite *. » N'esl-il pas défendu aussi à l'initié d'un grade de pénétrer, avant d'y être promu, les secrets du grade supérieur? Cette dernière défense est la condamnation du suicide. L'homme ne peut s'alfrancliir volontairement du degré terrestre de l'initiation. Ballanche a bien connu la haute signification des Mystères S car il fait dire à Thamyris , après son initiation : (( Je compris la raison des épreuves de l'humanité,
1. C'est ce que j'ai exprime dans le chanl des iniltéà aux grands Mvstères, qui lermiiie l'épilogue de Falkir.
Falkir, nous déplorons ta chute, Tu voulus éviter la lutte, Brisant Topreuve par la mort.
On ne monte pas sans cfTort.
Par une coupab'e escalade, On ne s'élève pas au grade Avant de l'avoir mérJé.
2. Que la doclrine de la vie fulure ail été enseignée dans les Mystères, ou n'en saurait douter. Cicéron s'exprime ainsi dans le second livre des Lois : « Par le secours des Mystères, les hommes apprennent non-sculement à vaincre et à vivre dans la paix, mais encore à mçurir dans l'espérance d'un avenir meilleur. » Jamblique rapporte celte pensée comme comprise dans l'enseignement 'des Mystères : u Les amcs s'élèvent souvent à force de mérite dans les sphères supérieures; alors, Tranchissant les limites qui leur étaient prescrites, elles perdent leiii^ existence infinie pour revêtir celle de la famille et de la nouvelle société à laquelle elles sont agrégées. » [Des Mystères, sect. Il, cap. 2.) Plularque, dans une occasion où il ne pouvait mentir, où il devait parler avec son cœur pour consoler sa femme de la mort de leur fille commune, a écrit : « Le vulgaire (profanum iithjm) s'imagine qu'après la mort il ne reste plus rien de l'homme, qu'il n'y a pour lui ni biens ni maux ; lu sais bien le contraire, ô mon épouse chérie ; une IradiUon de famille (les ancêtres de Plutarque avaient tous été initiés, son père avait été hiérophante) nous a transmis de généralion en génération une doclrine dilTérenle. D'ailleurs, initiés comme nous le sommes auv Mystères sacrés de Bacchus, nous savons les grandes vérités. Oui, l'àme est immortelle et un avenir lui est assuré. » {Consoi, ad uxorem.)
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épreuves dont les Mystères d'Isis offrent une image \ » Dallanche ajoute dans un autre passage : «Les anciens disaient que les initiés seuls parvenaient à la vie heureuse de l'Elysée, et que les autres étaient plongés dans le Tartare ; dans le langage de l'initiation, cela voulait dire que le reste serait appelé à de nouvelles épreuves. Servius explique, et il y était autorisé, que l'enfer, la région inférieure, c'est notre monde *. »
Tout dans l'organisation hiérarchique des Mystères se rapporte au dogme des vies successives, des épreuves progressivement imposées, de l'avancement par l'initiation, des divers grades conquis par le mérite et par la vertu. Les Mystères étaient la représentation symbolique des destinées humaines. Le néophyte, après avoir passé la porte défendue par les trois gardes, s'engageait à ne plus reculer. Si la fermeté lui manquait dans les épreuves qu'il devait subir, il passait le reste de sa vie dans les appartements attachés au temple, où il pouvait cependant, par son zèle, monter encore au rang d'officier subalterne ^
Le vestibule du temple représentait la vie terrestre, le si-jour des mondes inférieurs, de l'enfer; le sanctuaire où parvenait l'initié vainqueur des épreuves était le symbole de la vie heureuse dans les grands deux , dans les mondes supérieurs; de là ce principe : On ne peut s'élever que par le mérite et la vertu; la récompense n'appartient qu'à celui qui a traversé les épreuves. D'un autre côté, les degrés de l'initiation variant suivant l'avancement et le progrès de l'initié, on en déduisait cet autre principe : La récompense est proportionnelle au mérite.
1. Orphée, p. 437. — 2, Palingéncsic sociale, p. 105. 3. Reghellini de Scio, La maçonnerie considérée comme le résultat des religions égyptienne, juive et chrétienne, t. I«»", p. / 1.
PLURALITÉ BES VIES
Le néophyte ne trouve aux portes de l'initiation que craintes, marches pénibles et obstacles qui l'environnent'. Mais ces travaux passés, une lumière céleste frappe ses yeux; ,1 découvre autour de lui uu spectacle enchanteur une campagne riante; des chœurs accompagnés d'une musique mélodieuse flattent agréablement ses oreilles des visions saintes lui apparaissent : il est initié, il est revêtu du caractère d'élu par son admission, il n'est plus l'esclave des cramtes, il est couronné, triomphant, il est admis à la science sublime des doctrines sacrées.
On ne pourrait donc sérieusement contester que l'ensemble ûe la doctrine des Mystères ne s'appliquât à la vie future, sous la forme du progrès des existences succès- .
Remarquons que le séjour de l'enfer, figuré par le vesibule du temple, n'était toujours que 'transitoire qu . " icophyte pouvait constamment le franchir, en subissant tôt
monde ifé'"T' '' ''"'' "'"^ ^" ^«™-'--' "-« 'e
Sir T '"'• ''"' ''' ^i'»''°''^^" parfaitement le^t perpétuellement relatif et temporel du péché , qui ne peut jamais revêtir un caractère absolu. Les noble ZZ ^ances réservées à l'initié étaient aussi la vive e tell ;.nage du séjour des mondes supérieurs; de tous les !' errestres, l'ouïe et la vue étaieut'les seils qui s t t. faits et agrandis, et la plus grande promesse ^««1; o 1 intelligence, qui était appelée à connaitrP ,,''''''' sublime des doctrines sacrcS c'est IZT^ f'™'' eage de l'ini,iation, la science des choTe et' tn- "' principe. Il «n scr-i pIT.,..- ^ ^'^" '•-'"•■
en sera effectivement ainsi : h vision doit
PLURALITÉ DES VIES
obtenir plus tard des développements inconcevables à l'imagination ; Touïe sera appelée aussi à des perfectionnements immenses; la luxure, la gourmandise, disparaîtront dans les mondes heureux; enûn les corps spirituels dont parle saint Paul et dont nous serons revêtus, seront affranchis des appétits les plus grossiers. Quand Mahomet promit aux élus de son paradis les plaisirs de la lionne chère et de l'amour sensuel , il transporta dans le ciel les fausses joies de l'enfer, il se condamna sans retour par cet indigno mensonge que repoussaient les traditions universelles de l'humanité. Aussi, malgré la grande et su-
. Jjlirae idée de l'unité divine, le mahométisme n'est plus qu'un corps glacé d'où la vie se retire chaque jour et que l'oubli va dévorer.
Toutefois il manque quelque chose à la description élysOcnne des Mystères, et ce quelque chose c'est beaucoup; en un mol, c'est la charité. Je vois bien dans cette description que les nobles sens sont seuls satisfaits , que l'intelligence aura les plus précieux développements ; mais nulle part je
» n'y vois la tendance générale à l'unité, l'attraction divine qui entraîne tous les êtres, la société universelle des créa-
. tures, l'amour infini qui monte d'elles à Dieu et redescend de Dieu sur elles pour les embrasser toutes dans une indivisible solidarité. Le Christ n'était pas encore venu; Dieu ne s'était pas révélé sous la forme de l'amour; la charité péchait par défaut d'extension et ne se pratiquait qu'entre initiés; l'esclave, l'étranger n'étaient pas admis à l'initiation; les préjugés de race pénétraient jusqu'au sein des sanctuaires.
Quoi qu'il en soit, le dogme des vies successives n'avait pas revêtu le caractère de grandeur que les idées modernes nous permettent de lui donner. Toutes les notions
"^ PRÉEXISTENCE
«le progrès humanitaire, de /'ordre et de la hiérarchie des monaes, de l'unité des êtres par la charité, n'étaient pas encore arrivées à leur éclosion. Le dogme des vies successives avait déjà sa base dans l'hypothèse de la préexistence; on voit partout cette hypothèse dominer les croyances antiques et passer dans la doctrine exotérique du péché origmel; seulement cette doctrine privée de l'anneau qui la hait au passé des traditions, à l'harmonie et à la hiérarchie des mondes , à l'état subalterne de notre globe séjour de l'expiation non moins que de l'épreuve, cette doctrine isolée n'a plus été qu'une conception monstrueuse et impossible à admettre pour tout esprit qui avait perdu le sens des anciens mythes. La préexistence était enseignée aux ,n.t,és K Je dirai par la suite ce que je pense de ce dogme s. Vénérable par son antiquité et par la lumière qu'il jette dans 1 explication des destinées terrestres. Je ferai comprendre suffisamment que sans lui tout est désordre ici-
,n^ZT '."' r"' '" '"■■' '' '^""^^ ^^"«« à ''«"«enible. •1 e le défaut de la partie n'est plus qu'une apparence transitoire servant à la beauté et à l'unité du tout; qu'ai i!i notre planète est placée dans des conditions physique^ correspondant au rang qu'elle occupe dans la création et ù 1 état moral de ses habitants; que la question du mal n'en est pas une, puisque les défectuosités de notre séjour et de iiotre nature ont leur raison et leur nécessité dans le plao général de lunivers.
Jamblique a écrit un passage remarquable : « La justice
. taTt-T" ^w''" "" ""'"'" "W"™'- '"«"'"•que a éori. • ITr, •' """ """'"g"'* ;■ «s <livi..s concerij. qu'elle se ra»
PRÉEXISTENCE. g^
« deDieu dit-il, n'est point iajustice des hommes. L'homme « définit la justice sur des rapports tirés de sa vie actuelle « et de son étal présent; Dieu la déBnit relativement à nos « existences successives et à l'universalité de nos vies •' Ainsi les peines qui nous affligent sont souvent les châ- « timents d'un péché dont l'ûme s'était rendue coupable « dans une vie antérieure. Quelquefois Dieu nous en cache « la raison, mais nous ne devons pas moins l'attribuer à sa « justice'. » Il est impossible de renfermer en moins de mo{s de plus magnifiques aperçus sur le problème de la vie humaine; malheureusement Je telles pensées sont rares dans les œuvres de Jamblique. C'est un éclair de vérité qui sillonne les profondes ténèbres d'erreurs manifestes et condamnées. Jamblique avait été initié aux Mystères il s était inspiré aux sources de la sagesse et de la tradition antiques, mais il n'a .pas su discerner toujours l'or pur de 1 alliage auquel il était mélangé. Toutefois, et pour notre sujet la citation précédente a une immense importancedéveloppons successivement toutes les conséquences qui en découlent.
La justice humaine se définit sur des rapports tirés de la vie actuelle et de notre état présent. Cette justice se trouve offensée bien des fois par le cours des destinées terrestrescelui-là voit tout succéder au gré de ses désirs, cet autre est en proie à toutes les douleurs et à tous les chagrinsl'un obtient par sa naissance, richesse, position sociale' honneurs et bien-être; l'autre n'a hérité de ses parents que larmes et pauvreté. Au premier tout sourit, tout s'empresse, sa venue au monde est un jour de fête; à lui les douces caresses, l'amour et la protection d'une orgueilleuse
1. Traité des Mgslfres égypiiem, «cet. VI, ch. 4. Édil. cilée.
PRÉEXISTENCE
paternité; la naissance du second, au contraire, est un surcroit de famille, c'est presque un malheur.
Et tout cela, pourquoi? D'où vient la différence? Pourquoi aux uns tout le miel et aux autres toute l'amertume de la vie?
La justice humaine ne peut donner d'explications satisaisantes.
Qui donc résoudra le problème?
La justice de Dieu!... et comment?
C'est que cette justice est définie relativement à nos existences successives et à l'universalité de nos vies.
Et comme si la pensée n'était pas assez claire, Jamblique ajoute que les souffrances de cette vie sont la peine d'un péché commis dans une existence antérieure; il termine enfin par une admirable conclusion :
Quoique nous n apercevions pas la raison de notre Hat présent, nous ne devons pas moins r attribuer à la Justice de Dieu.
Je n'hésite pas ici à proclamer dans toute la sincérité de mon cœur, que l'enseignement moral qui découle de cette maxime me parait infiniment plus grand que la doctrine ordinaire.
Que disent les prédicateurs chrétiens?
Les maux de la terre, la misère, les chagrins, le deuil, les douleurs, sont des épreuves que Dieu nous envoiebienheureux ceux qui souffrent en ce monde, car ils seront consolés dans l'autre.
La vérité est là aussi très-certainement, mais il y a dan^ cet enseignement un côté par lequel son efficacité n'est pas assurée et se trouve surtout contestée de nos jours.
Admettons que les maux de la vie soient des épreuves; mais pourquoi aux uns une route si aisée, si riante, d
PRÉEXISTENCE
unie? Pourquoi aux autres tant d'obstacles, tant d'épines? Pourquoi une si énorme différence dans les lots du bonheur?
L'étroitesse actuelle de la théologie tient à ce qu'elle
n'a embrassé qu'un des côtés de l'existence terrestre, celui
de l'épreuve, et a omis un autre côté non moins réel,
celui de l'expiation. Le christianisme a parfaitement raison de dire :
Bienheureux ceux qui souffrent, car les épreuves subies sont un acheminement à un sort plus heureux; mais il devrait dire encore, et il dira plus tard : Ne vous plaignez pas de souffrir, Dieu est juste, rien n'est laissé au hasard et à la fatalité. Ainsi, quoi qu'il arrive sur cette terre, quoique nous n'apercevions pas la raison des choses, nous ne devons pas moins l'attribuer à la justice divine. Est-ce que cette idée n'est pas la plus morale, la plus consolante et la plus vraie?
La théologie n'a pas empêché les folles utopies qui se sont produites de nos jours; elle est impuissante pour contenir lés plaintes et les tentatives du prolétariat moderne. On a perdu de vue l'enchaînement et le but des destinées humaines; on a voulu isoler l'homme de l'ensemble des créations, ne pas voir dans son état présent la conséquence d'un passé indubitable malgré son obscurité, et il en résulte que l'homme s'est fait centre, qu'il a oublié à la fois son origine, sa mission et sa fin, qu'il a expliqué le monde terrestre et ses relations par une fatalité inexorable; que perdant du même coup et le souvenir de la route qu'il a parcourue, et le pressentiment du but qu'il doit atteindre, il s'est pris à maudire quand il devait se résigner et attendre, à blasphémer ses épreuves quand il devait les subir et les surmonter; ce qui était pour lui un châtiment
'*** , PHÉEXiSTENCE.
mérité ou une phase nécessaire à son bonheur, il l'a regardé comme une ironie du destin. D'un monde ainsi constitué Idée de Dieu devait vite s'effacer. On est bien prés de le nier lorsqu'on n'aperçoit nulle part le doigt de sa providence, tomme on n'avait pas à lutter contre sa volonté souveraine, mais seulement contre l'aveugle déité du hasard lai penseurs ont rêvé le paradis sur terre; les malheurs d*noire séjour et de notre société sont par eux attribués â une organisation vicieuse, et quand les réformes seront opérées, le mal disparaîtra avec sa cause; les inégalités sociales seront abolies; la fraternité régnera sans partage parmi les hommes. A ces beaux songes il ne manque que deux conditions : que les habitants de la terre soient des anges, et que la terre elle-même soit un séjour de délices ; ce qui ne peut arriver que dans l'avenir et par une distribution d'àmes supérieures. Que l'humanité s'améliore progressivement, que notre globe s'élève peu à peu dans l'échelle des mondes, que le sort des classes déshéritées soit singulièrement amélioré, je le crois, je l'espère; mais quand l'humanité sera arrivée à son terme de perfection, elle sera transfigurée, elle participera à l'unité bienheureuse des sociétés célestes; les conditions de vie, de progrès, d'avancement hiérarclique seront changées. Telle qu'elle est aujourd'hui, elle est peu de chose, et sa mission précisément est de devenir quelque chose. J'ai écrit ailleurs sur ses progrès passés et sur ses progrès futurs; il est inutile de me répéter. Quoi qu'il en soit, pour le présent, j'aime mieux la sublime pensée de Jamblique que tout ce qui a été dit à ce sujet; elle est la seule et véritable base de la morale humaine. Accepter avec résignation la place qui nous est assignée à chacun, remplir notre tâche dans les limites de notre pouvoir et de nos facultés, sera tou-
CO.NCLUSION.
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jours le plus haut secret de la sagesse, le plus sûr moyen de servir rhumanité à laquelle nous sommes liés pendant notre courte station ici-bas. Il est probable que ces stations sont en rapport dans leur durée et leurs modes avec les exigences de chacune des sociétés diverses dont nous pouvons devenir membres tour à tour, et que de la sorte, l'ordre, la condition des épreuves, leur aggravation comme leur allégement, s'enchaînent avec l'ensemble et le développement de nos existences, avec les proportions de nos mérites et de nos fautes, comme avec la grandeur des destinées auxquelles Dieu nous convie.
Concluons de toutes ces citations et de tous ces rapprochements :
1*» Que l'immortalité de Tâme a été enseignée dans les anciens Mystères;
2° Que la doctrine de la préexistence et des vies successives a été la forme de cet enseignement.
Sans doute les Mystères ont été, comme toute chose icibas, mêlés de mal et d'impureté, mais il faut bien se garder d'imiter, dans leur appréciation, l'aveuglement de M. de Mirville, qui ne veut y voir, lui, que l'élément mauvais, qu'il attribue, selon sa préoccupation habituelle, à Satan et aux démons Nous aimons mieux le jugement qu'en porte le sage de Chéronée, le bon vieux Plutarque, qtiand il dit que « le plus sou\eïit d'excellents espiits intervenaient € dans les Mystères, quoique parfois des pervers cherchas- « sent à s'y introduire, » la vérité est là. Nous verrons plus tard que Satan et ses satellites considérés comme esprits du mal, éternellement immobiles, proviennent d'une conception délirante et fausse; que sans doute il y a des esprits mauvais, mais progressant à leur tour vers le bien, et nous déclarons hautement préférer la démonologie
*02 CONCLUSION
de Plutarque à celle de M. de MirviJIe et de quelques chrétiens exagérés qui raccueillent. Dans ce chapitre, nous n'avons parlé que du bon côté des Mystères; nous le terminons par les observations pleines de vérité et d'à-propos de M. Adolphe Bertet, dans son livre de V Apocalypse du bienheureux Jean,
^ Tous les cultes, différents de nom, ont été d'accord sur runité du vrai Dieu, et même sur la trilogie ou la nécessité du ternaire dans l'énumération des attributs essentiels de M Divinité, ainsi que tous les savants ont fini parle reconnaître dans l'étude approfondie des diverses initiations secrètes.
Peu importe que ce Dieu unique soit appelé Brahma au neutre, ou Parabavastou, et que son ternaire se décomposa en Brahma, au masculin, Vasou ou Vtchnou, et Boufren ou Siva, qui signifient création, conservation et destruction; peu importe que, comme le culte hébreu, on l'appelle avec Moïse Jévé; peu importe que les Perses, suivant le culte de Zoroastre, l'aient appelé Ormuzd, en divisant le ternaire divin en action, en parole et en pensée, en nommant les sept archanges ou les Éloïm de Moïse, les sept amschaspands; peu importe que chez les Grecs, on l'ait nomme Vlnconnu; peu importe que nos pères, les Gaulois ou Gaëls, l'aient appelé, avec les Druides, leurs prêtres, liesus ou Crom, en divisant le ternaire en Bélon, BeUHéol aux rayons de flamme, dieu du soleil, en Koridvcn ou la déesse de la lune, et en Gidon, père du grand Taliésin ou du grand initiateur de la science ; peu importe, enfin, que ce teruairepsycholûgiquede puissance, d'intelligence et d'amour^ .
vo/ n^l"' '";' 'r '^""''''^ Chateaubriand dans ges Étude, Insiori.nes, *ol. il ; Uossuef , dans ses Elévations à Dieu, sur les Mystères de la rdi^
CONCLUSION
soit appelé Père, Fils et Saint-Esprit : partout le fond est le même, et se résume en un seul Dieu.
Quel ne serait pas l'ébahissement de Phumanité entière, si, le jour se faisant tout à coup et perçant le voile de l'ésotérisme religieux, on finissait par reconnaître qu'il n'y a jamais eu divergence d'opinions sur les points essentiels de l'unité de Dieu, de Vimmortalité de F âme, de la récompense des justes, de la punition des méchants; que les hérésies n'ont été que des indiscrétions ou des modifications sans importance sur des accessoires indifférents en eux-mêmes; que les querelles théologiques n'ont été que des disputes sur des mots incompris; que les guerres de religion n'ont eu d'autre mobile que l'orgueil voulant imposer son sens personnel à ces mots, et d'autre but que la domination • d'une secte sur l'autre; que les persécutions et les autoda-fé n'ont été que les funestes effets humains de la jalousie des classes sacerdotales ?
Avec quel sentiment de mépris ne regarderait-on pas ces hommes orgueilleux, ces enfants des ténèbres qui, au nom d'un Dieu de vérité, d'intelligence et d'amour, n'ont pas craint de verser le sang de leurs frères pour faire triompher leurs opinions personnelles sur celles de leurs adversaires, au lieu de s'arrêter à ce que Jésus proclamait lui-même résumer toute la loi et les prophètes, aimer Dieu par-dessus tout, et son prochain comme soimême^?
C'est en ramenant toute la religion à cette simplicité
gion chrétienne; Henri Martin, dans son Histoire de France, vol. I, p. 55.
1. Luc, cil. VI, V. 27 et suiv. — Mallhieu, cli. XXII, v. 37, 38, 39. — Jean, ch. XIII, v. 34.
CO.NCLUSIOiN.
naïve de Jésus', que l'on parviendra à résoudre facilemcnl ce problème si débattu de l'accord xle la foi et de la raison, et que l'on fera prévaloir sur la terre ce régne si peu compris de Dieu, qui est le règne de la vérité ou de l'absolue raison, de la justice et de la fraternité universelle.
I. « Apprenci de moi, parce que je suis doux cl liumble de cœur. » (Mallhieu, cb. XI, v. 29.)
DRDIOISME.