La plus ancienne gravure connue avec une date
De même que la représentation figurée de la pensée est antérieure à l'usage des signes destinés à. exprimer les inflexions diverses de la parole , de même la gravure a précédé la typographie.
Cependant, dès son principe, la gravure s'est associée à l'impression des caractères; celle-ci servait à l'expliquer, mais ce n'était que l'imprimerie tabellaire et xylographique.
La gravure a du nécessairement s'exercer d'abord sur des substances moins dures que le métal ; aussi les planches en bois sont d'une époque plus reculée que les planches sur cuivre '.
Allant du simple au composé, cet art s'est contenté, dans ses débuts, d'un trait, d'un contour; les ombres, les dégradations, les artifices ingénieux qui suppléent à la couleur, qui peignent le relief des corps, leurs distances respectives, le jeu de la lumière et de l'air, ne sont venus qu'après.
En toutes choses il est curieux de fixer le point de départ de l'esprit humain; mais jadis l'intelligence se bornait à inventer, sans prendre date, sans se munir d'un brevet. Presqu'aucune des grandes découvertes n'est fixée chronologiquement d'une manière absolue. La pensée
* Nous n'avons pas vu, avant l'année 1503, de livres imprimés en Belgique, ornés de figuressur cuivre. Le premier de cette espèce que nous ayons rencontré contient des méditations sur la passion par le dominicain Wolf : Impressum Brugis permeHeynricum de Valle, anno Dni MCCCCC tertio, décima die merisis martii. Voy. nos Archiv. philoL, I, 50.
commence par agir spontanément, sans se douter souvent de l'importance de ses premiers pas, et ce n'est que longtemps après, quand leur trace est effacée, qu'avertie par le succès, elle s'interroge elleïliéme sur ses essais.
Des savants estimables, pour expliquer l'origine de la gravure, sont remontés aux briques égyptiennes, couvertes d'biéroglyphes , aux briques de Babylone, chargées d'inscriptions cunéiformes; ils n'ont point négligé les sceaux des anciens, ni leurs lames métalliques à lettres découpées ; quelques-uns ont allégué les marques ou griffes dont se servaient des notaires publics d'Italie en 1236, et d'Allemagne de 1345 à 1521 '.
L'envie de tout dire a fait citer Agésilas, qui, selon Plutarque, ayant écrit à l'envers dans sa main gauche le mot victoire , l'imprima sur le foie d'une victime, afin de ranimer le courage de ses troupes. Agésilas serait donc le premier imprimeur et aurait ouvert la voie à l'impression iconographique.
D'autres ont été plus loin, et Papillon n'a pas hésité à prononcer que la gravure sur bois est le premier art qui ait paru dans le monde '.
Mais il faut s'entendre sur les termes et considérer que des siècles ont séparé des procédés qui , au premier coup d'œil , paraissent identiques. Combien de temps, par exemple, ne s'est-il pas écoulé entre l'invention du verre et celle des vitres?
Oui, deux idées dont l'une semble engendrer l'autre, ne se rejoignent souvent dans l'application qu'après une période infinie, et un abîme s'est creusé mille fois entre les conséquences et les prémisses.
M. le comte Léon de La Borde n'a-t-il pas parfaitement montré comment l'antiquité ignora le secret de l'impression, quoiqu'elle en eût à sa disposition tous les matériaux ^ ?
Il ne s'agit pas seulement de linéaments tracés sur une substance
* Fischer, Essai sur les monuments typographiques de J. Gutenberg. Mayence, an X, in-i", p. 13. — Lambinet, Origine de l'imprimerie. Paris, 1810, t. 1'='', ehap. 1". Jolin Jackson, A trealise on wood engraving historical and practical. London, 1839, gi". in-8", pp. 7, 9, 10, 12, 16, 20,21, etc.
^ J.-M. Papillon, Traité histor. et pratique de la gravure en bois. Paris, 1766, in-S", 3 vol., 1, 1.
^ Débuts de ^imprimerie à Strasbourg. Paris, 1810, gr. in-S", pp. \i, 81.
quelconque à l'aide d'un instrument tranchant ou aigu ; il est question de l'art de tirer plusieurs épreuves d'une planche gravée.
Les Chinois, chez qui l'impression tabellaire était, dit-on , en usage 300 ans avant l'ère chrétienne, sont hors de cause '. Nous parlons de notre occident, à une époque où il ne pouvait rien emprunter à la Chine.
Dans des questions telles que celle-ci il ne faut pas accepter des conjectures comme des preuves; on doit marcher avec précaution et s'appuyer uniquement sur des faits bien constatés. Ce précepte de prudence vulgaire ne saurait être trop répété, principalement aujourd'hui que la critique circonspecte et solide semble avoir cédé la place à une critique aventureuse, qui se plait à créer les faits au lieu de les discuter patiemment, et qui préfère de brillants paradoxes à des vérités modestes.
Je n'ignore pas que l'on est redevable à la méthode hypothétique de quelques découvertes éclatantes : celle de l'anneau de Saturne par Huyghens, en est un bel exemple; celle de l'Amérique est plus imposante encore; mais l'hypothèse n'est légitimée que par une réussite positive. Tant qu'elle n'existe qu'à priori, gardons-nous de la confondre avec la réalité.
Ainsi nous laisserons de côté les gravures qui servaient d'ornement à une histoire d'Alexandre-le-Grand, et qu'on a attribuées aux Cunio, frère et sœur jumeaux vivant en 1284 ".
En toutes choses de nombreuses tentatives tombent dans l'oubli avant qu'on aboutisse à une date déterminée. Mais c'est cette date que nous cherchons.
La plupart des artistes du moyen âge qui ont produit tant d'œuvres ou sublimes ou charmantes, ne se croyaient pas si habiles qu'ils étaient; ils ne ressentaient pas cette vanité dévorante et séditieuse qui possède aujourd'hui le moindre manœuvre; ils ambitionnaient
* Ange Roccha, Bibl. vaticana illustrata. Romae, 1591 , in-^", p. 419. — Lambinet, Origine de 1^ imprimerie , 1810, I, 41. — Lambinet dit quel'encre des Chinois est faite avec de la suie, de l'eau-de-vie , de l'eau et de la colle de bœuf.
- Papillon, I, 84. Le long passage de Papillon sur les Cunio a été traduit en italien par Pietro Zani , pp. 222-2-33 de ses Materiali per servire alla storia delï origine e de progressi deW incisione in rame e in ler/no. Parnia, 1802, in-8°.
plutôt la gloire pour leur travail que pour leur personne, et se résignaient sans dépit à l'anonyme.
Que d'architectes, de sculpteurs, de peintres, de graveurs qui n'ont pas songé à nous transmettre leurs noms, et qui n'échapperont jamais à la nuit du passé!
Nous n'avons pas, en nous occupant des commencements de la gravure, à enregistrer des productions éminentes, où brille le génie; mais il y a dans les premières ébauches de cet art naissant un mérite relatif dont il serait peu équitable de ne pas tenir compte, un talent véritable enchaîné par l'imperfection des moyens, ravalé par la petitesse du but, et qui, néanmoins nous fait regretter que l'artiste ne se soit pas cru digne de sortir de l'obscurité.
La gravure avec la date la plus ancienne que l'on connût jusqu'ici, représente saint Christophe portant l'enfant Jésus sur ses épaules '. Elle est marquée du millésime de 1423. «C'est, dit M. Duchesne aîné, une de ces curiosités qu'on ne peut voir sans une espèce d'étonnement. Elle n'intéresse, ajoute-t-il, ni par la composition, ni par le dessin, ni par le travail, car rien n'est plus grossier, plus incorrect et moins agréable à l'œil. Mais quand on pense qu'une image destinée à satisfaire la dévotion du peuple, une simple feuille de papier, a pu traverser un espace de quatre siècles, et arriver presque sans accident jusqu'à nous, on ne peut plus être étonné du prix qu'on attache à une semblable gravure '. )>
Cette réflexion est très-juste, seulement nous trouvons M. Duchesne
' Sur saint Christophe voir Molanus, De historia SS. imaginum, lib. III, ehap. 27; Y Encyclopédie catholique, VII, 6S3; la Revue anglo-française , I, 356; Iconographie des sainls. Paris, 184-i, in-8". — Alfred Maury, Essai sur les légendes pieuses du moyen âge. Paris, 1843, pp. 53, oo, o7, SS, 67, 75. — L.-J. Guenehaut, Dictionnaire iconographique des monuments, Tpp. 276-77. — Die Allributen des Heiligen. Hanov., 1845; ouvrage dont MM. Morelletet Thomas, professeurs au colk'ge de Colmar, nous promettent une traduction corrigée et complétée. — M. Ch. Heidelolï de Nuremberg, dans son recueil intitulé : Les ornements du moyen âge, 9° partie, 18-14, p. 51, pi. IV, lig. (/, décrit le collier de la confrérie de saint Christophe, fondée en 1480, par le comte Guillaume de Henneberg, et à laquelle M. Bcchstein se propose de consacrer quelques pages de son grand ouvrage sur les monuments de la Franconie et de la Thuringe.
'^ Notice des estampes exposées à la bibliothèque royale. 3° édition, Paris 1827 , in-8'\ p. 1.
bien sévère à l'égard de l'exécution du saint Christophe, dans la physionomie duquel on remarque déjà de l'expression.
Cet habile iconographe pense que le graveur était de l'Allemagne centrale.
Ainsi que dans ses deux éditions précédentes , M. Duchesne compte trois épreuves de cette planche, celle du cabinet des estampes de la bibliothèque royale à Paris, laquelle a été acquise en 1806, au prix de 620 francs; l'épreuve coloriée de lord Spencer; une troisième restée on ne sait où, en Allemagne.
Cela n'est pas tout à fait exact : l'épreuve de lord Spencer est, en effet, la même que celle d'Allemagne , l'épreuve prétendue de M. de Birkenstock, à Vienne, pouvant passer pour une méprise savante ' et celle du peintre Hoch de Mayence, pour un mensonge ^; de sorte que si, comme quelques connaisseurs en demeurent convaincus, l'exemplaire de la bibliothèque royale de Paris est une pièce fausse, le nombre trois se réduit à l'unité.
On sait que le baron C.-H. de Heinecken , auteur classique en fait d'arts du dessin, découvrit le saint Christophe, en 1769, dans la chartreuse de Buxheim, près de Memmingen en Souabe, et c'est le premier esthétiste qui en ait parlé ^
Cette gravure était collée avec une autre représentant l'Annonciation, sans date, à l'intérieur de la couverture d'un manuscrit intitulé : Laus Virginis^ et légué au monastère de Buxheim , par Anne , fille d'Etienne, baron de Gundelfingen , chanoinesse de Buchow, laquelle vivait en 1435 \
Or le manuscrit avec le saint Christophe et l'Annonciation devint la possession de lord Spencer , un des plus riches et des plus heureux
' Christ. Goltlieb von Mùrr, Memorabilia von den Stadt Nurnberg.
^ Heller, Gesch. der Holzsch., p. 53, Kindliiiger, Nachricht, 29.
' Idée générale dune collection complète destampes , avec une dissertation sur ï origine de la gravure et sur les premiers livres d'images. Leipsic et Vienne, 1771 , in-8°, p. 250.
^ Elle fut détachée de la couverture d'un manuscrit de l'an 1417 , et intitulé : Liber iste Laus Virginis intitulatus continet lectiones matutinales accommodatas officio beat. V. Mariae per singulos anni dies, quos quidam cartusianus anony. ad volwîtatem et petitionem D. Meinhardi de Nova Domo, electi Tridentini , ex SS. PP. Homil. compilavit.
bibliomanes qui aient jamais existé, M. R. Weigel , de Leipzig , se souvient encore avec chagrin, à ce qu'il m'écrivait, d'avoir vu emporter ce trophée en Angleterre.
Après la restauration, le bibliothécaire de lord Spencer, M. T. -F. Dibdin, étant venu à Paris, où son étourderie scandalisa, par parenthèse, la prud'hommie de M. Crapelet, il remarqua de mémoire certaines différences entre l'épreuve de la bibliothèque du roi et celle de son patron, et déclara qu'elles ne pouvaient provenir de la même planche : toutefois, sans admettre la conjecture de M. Pinkerton', iljugeait la première ancienne, ainsi que Waagen le crut plus tard; et il inclinait à la classer sous l'année 1460 ou environ, ce qui affligeait profondément le bon et modeste M. Duchesne, et irritait la susceptibilité de M. Crapelet. Mais depuis les deux saints Christophes rivaux furent mis en présence. Lord Spencer, pendant son séjour à Paris, en 1817, à son retour d'Italie, écrivit à M. Dibdin de le venir rejoindre, et de lui apporter le saint Christophe de Buxheim ; le résultat de cette confrontation fut pour M. Dibdin la persuasion que l'épreuve de Paris et le fac-similé donné par De Mûrr sont exactement la même chose, et le soupçon que l'une n'est que l'autre retouchée et vieillie frauduleusement.
Cette opinion, à laquelle n'a pas voulu se rendre M. Duchesne, a été reprise récemment par M. le comte Léon de La Borde , qui s'est livré à des études si profondes sur les procédés graphiques en général. Il a fait prendre un fac-similé fidèle de l'épreuve de Paris, ainsi que de la copie de De Mûrr, et a établi que l'épreuve royale est un exemplaire de cette copie , passé tout simplement au café '.
Voilà où en est parvenue cette intéressante contestation.
Indépendamment du fac-similé gravé par S. Roland et publié par De Mûrr en 1776 % nonobstant ceux de M. de La Borde, il y en a d'autres
' Il lisait, dans In dale, vigesimo terno (1460) au lieu de tc7-tio.
* Mémoire sur cette question : La plus anciemw gi-avtire du cabinet des estampes de la bibliothèque royale est-elle ancienne ( extrait du journal Y Artiste. Paris, 1840) ?
^ Christ. Gottlieb von Mùrr, Journal zur Kunstgeschiclite und zur allgemeincn Litteratur. Nurn-
dans Jansen : Essai sur V origine de la gravure, tom. I, pi. IV, pag. 106; c'est un calque de la copie de Roland; dans VInquiry into the history of engraving , par W. Y. Ottley, London, 1816, in-4°, 2 vol., tom. \, pp. 150-155, et dans Joseph Heller, Geschichte der Holzschneidekunst , Bambei'g, 1823, p. 40. Le docteur T.-F. Dibdin, dans la magnifique Bibliotheca Spenceriana, London, 1814, 3 vol. in-4o, I, m, a donné la figure entière du saint portant l'enfant Jésus, avec la date ; dans son livre intitulé : A bihliographical antiquarian and picturesque tour in France and Germa ny , London, 1821, 2 vol. in-8o, tom. II , p. 143 (traduction par M. Théodore Licquet, Paris, 1825 , tom. III, p. 103), il n'a reproduit que la tête d'après un dessin de M. Cœuré. Un fac-similé en petit, parfaitement exécuté, orne l'ouvrage cité de Jackson , p. 60; une copie réduite et en contre-partie a été insérée dans le Magasin pittoresque , 2^ année , 1834, p. 404; on voit encore une copie incomplète, mais de la grandeur de l'original, dans Seroux d'Agincourt , Histoire de Part, in-fol., 1823, tom. YI, pi. CLXIX, n° 8, section peinture. Enfin, M. K. Falkenstein , premier bibliothécaire du roi de Saxe, a enrichi d'un fac-similé de ce même saint Christophe son histoire de l'origine de l'imprimerie: Geschichte der Buchdrukkerkunst , Leipzig, 1840, in-4°, p. 15 et suiv. M. J. Wetter s'était borné à imiter l'inscription dans l'atlas de sa Kritische Gesch. der Erfindung der Buchdruckerkunst , Mainz , 1836 '.
M. J.-D.-F. Sotzmann voulant, au mépris des règles de toute critique solide , détruire les preuves matérielles sur lesquelles la science s'est appuyée jusqu'ici, pour se livrer à des hypothèses qui se soutiennent dans le vide, décide que la date du saint Christophe
berg, 11'^"' Theil, 1776, pp. 75479 et surtout p. 403. Le fac-simile est signé : Sculps. sec. orig. Sebast. Roland. Noi-ib. 1775.
^ Le saint Christophe est aussi mentionné p. 545 du t. l"' du Nouveau dictionnaire des origines, par Noël et Carpentier. Paris, 1827, 2 vol. in-8°. M. J.-G.-A. Frenzel ne pouvait omettre le saint Christophe qui est en la possession de lord Spencer depuis 1825, dit-il , ce qui est une erreur, puisque Dibdin en parle déjà en 4817; voyez au mot Holzschneidekunst de YAllgemeine Encyklopaedie de J.-G. Ersch et J.-G. Gruber, 2" Section , 10"=' Theil , p. 182.
est fautive, et qu'il y manque un L, de sorte qu'au lieu de MCCCCXXIII ( 1423), il faudrait lire, selon lui, MCCCCLXXIII (1473). Mais où mènerait une pareille manière d'argumenter, quand d'autres preuves sans réplique ne lui viennent pas en aide '? Les conjectures les plus ingénieuses n'équivaudront jamais à la démonstration la plus vulgaire.
C'était donc à l'année 1423 que s'étaient arrêtées les investigations les plus favorisées , et que les annales de la gravure avaient fixé leur premier jalon.
Les Bibles des pauvres , d'autres livres d'images passés en revue par Heinecken , offrent peut-être des essais de gravure antérieurs ; mais, je le répète^ nous ne nous attachons qu'à une date certaine, incontestable.
M. F. Goethals a accordé quelques lignes à Guillaume Yan Apsel, de Bréda , chartreux de la Chapelle JN.-D., près d'Enghien, où il mourut le 4 août 1471 . Il dit que, d'après les mémoires de son ordre, ce religieux gravait non-seulement sur bois, mais encore sur cuivre. En conséquence, il l'appelle le plus ancien graveur (connu) de l'école flamande.
Il est à regretter que ce biographe juge rarement à propos de citer les sources où il puise, et mette ainsi son lecteur hors d'état d'apprécier plusieurs de ses affirmations ", Quoi qu'il en soit , il ne signale aucune des gravures de Guillaume Van Apsel, et dans tous les cas, il est probable que ces gravures étaient postérieures à l'année 1423.
Le même écrivain nous entretient de Henri Vanden Bogaerde ou de Pomerio , en français du Verger, né à Louvain vers 1382, mort au monastère de Sept-Fontaines, le 10 juin 1469. a Nous devons, )) dit-il, à ce chanoine, quelques petits traités ascétiques très-pré- )) cieux, parce qu'ils tiennent à l'histoire de l'imprimerie et de la
' Aellesle Gcschichle der Xylographie und der Druckkunst uberhaupl , bcsondcrs in der Anwendung aufden Bilddruck. Ein Beilrag zur Erfindungs-und KunstgescIUchte , dans Friedrich's von Raunier, Historisches Tasclienbuch , VIll (1837), p. 503. — Le môme, Jaltrbiicher fur wissenschaftlicher Krilik, n° 116, dec. 1836.
'■* Lectures relatives à l'histoire des sciences, des arts, des lettres, des mœurs et de la politique en Belgique, et dans les pays limithrophes. Brnx., 1837, 1, 23.
)) gravure. Ce sont de courtes observations au pied de gravures en » bois ; les exemplaires en sont de la plus grande rareté '. ))
Il n'est pas hors de propos de dire que Maittaire^ Panzer, Denis, Heinecken , Hayn , La Serna Santander , Jansen , Dupuy de Montbrun ", tous les bibliographes, tous les iconographes en un mot, qui se sont occupés des incunables, se taisent sur Vanden Bogaerde de même que sur Van Apsel.
M. Goethals nomme entre autres, parmi les ouvrages du dernier, une exposition de l'oraison dominicale et de l'Ave Maria, dont on fit, suivant lui^ trois éditions , et dont les figures devaient avoir été exécutées au pays. Du reste il n'indique malheureusement ni le lieu d'impression, ni le format, ni les autres caractères qui servent à individualiser un livre , et qui établissent qu'on l'a en sous les yeux.
M. Goethals n'attribue pas à Vanden Bogaerde le talent de graver; mais M. Du Mortier, dont l'esprit vif et prompt embrasse toutes les parties , le lui décerne sans balancer ^. Il se fonde, pour cela, sur un manuscrit de la bibliothèque royale , coté n^ 12070.
Ce manuscrit est un mince volume petit in-folio, composé de 23 feuillets à longues lignes, écriture du XV^ siècle. Sur ces feuillets sont collées douze gravures sur bois, numérotées en chiffres romains, avec des légendes gravées sur la même planche que les figures. Le manuscrit n'est que la glose ou le commentaire de ces représentations, dans chacune desquelles M. Du Mortier a aperçu un pomier, ce qu'il regarde comme le monogramme (?) du frère de Pomerio, et l'indice qu'il a gravé lui-même les planches. Mais la présence d'un arbre dans ces vignettes n'est qu'une allusion au titre de l'ouvrage, Pomerium spirituale (verger spirituel). Il est possible que Vanden Bogaerde, en choisissant ce titre, ait joué sur son propre nom, sans
* Lectures, etc., II, 62.
^ Jansen , De l'invention de l'imprimerie. Paris , 1809 , in-8° , pp. 257 et suiv. — E.-H.-J. Dnpuy de Montbrun , Recherches bibliographiques sur quelques impressions néerlandaises du XV^ et du XVI' siècle. Leide, 1836, in-S".
5 Bulletins de l'acad. roy. de Bruxelles, VIII, n° 11.
que rien autorise à prétendre que les planches de son Pomerium aient été gravées par lui-même.
Ces planches n'en sont pas moins très-curieuses et doivent avoir été faites vers l'année 1440. En effet, le manuscrit offre cette souscription : Eœplicit ut supra spirituale Pomerium editum et completum anno Dni M°CCCC"XL°. Deo grattas. Un peu plus haut on lit : Explicit spirituale Pom,erium editum anno Dni M'^CCCC°XL° , et à la fin du prologue ', en lettres rouges : Editwn hoc spirituale Pomerium per fratrem Henricum ex Pomerio canonicum regulareîn professum in monasterio Beatae Mariae Viridis Vallis (Groenendael, près de Bruxelles).
Le mot editum s'applique-t-il ici à la publication par la voie de la presse ou simplement à celle qui avait lieu avec le secours de la calligraphie ■ ; la première publication s'est-elle bornée aux douze xylotypes ornés de légendes, et la seconde, désignée par le mot completum, serait-elle restée manuscrite , ou ce manuscrit n'est-il qu'une copie de l'imprimé (supposition peu admissible, le texte étant trop long pour une impression tabellaire)? je ne le déciderai pas.
Toujours est-il que les gravures du Pomerium spirituale, tirées
* Nous transcrirons ici ce prologue :
Prefatio in spirituale Pomerium sequens.
In hoc spiritual! Pomerio anima devota instrtiitiir perquem modum singulis horis se possit devolis medilationibus exercere ad recolligendum quolibet die singula Dei bénéficia, ab initie usque ad fineni mundi. Cum enim dicat Dominus in Evangelio : X// sitnt horae diei, si anima devota hoc verba Domini velit frugaliler inlelligere. i-ecolat Cliristum quasi sponsum suum in canticis taliter se invilantem : " Veni in horlum meum . soror mea. sponsa. » Ingrediatur itaque sic invitata sponsi sui pomerium, ut ibi colligens singulos fructus singubs boris XII arborum quas ibi inveniet ordinale positas , gratias agendo dilecto suo , gandcnter valeat respondei-e : » Omnia ponia nova et vêlera servavi tibi, dilecle mi. » Quod si anima minus experta in hujus pomerii coliJiano exercitio modum forlassis non cognoverit, consideret singillalim sub qualibet arbore unam virginem ad colligendum tria poma ejusdem arboris residere, ut contemplalione dictorum possit in hora sibi débita Deo gratias agere pro eisdem. Sunt nuteni he XII virgines XII distincte virtutes, sub singulis horis singula poma in suisarboribus. per modum qui sequitur. colligentes.
^ Qu'on ne perde pas de vue que le verbe latin edcre , dont on a fait de nos jours le barbarisme éditer, était employé aussi parles anciens pour exprimer Va publication d'un écrit; je n'en veux pour autorité que Cicéron. Brut, o : Ut illos de repiiblica /iôros edidisti. AdFamil. I, 9 : Quos Ubros jampridcm culte misissem si esse ede^dos pula s sein , etc.
avec de l'encre grasse, et, selon toute apparence, à l'aide d'une presse, paraissent plus récentes que le saint Christophe, et par l'exécution et en vertu des renseignements matériels que nous avons entre les mains, quoiqu'on ne puisse affirmer qu'elles n'ont pas précédé quelque peu l'année 1440.
Il est certain qu'il existait dans les Pays-Bas avant le milieu du XV^ siècle , quantité de xylographes ou d'iraagers dont les gravures étaient souvent accompagnées de légendes en caractères immobiles. Mais ces produits destinés uniquement au peuple n étaient rien encore à la vogue des miniaturistes et des calligraphes.
Même au commencement du XVI^ siècle aucun typotype n'avait encore été admis dans la bibliothèque de Bourgogne,
Nos ^xemÏGVS printers , quoi qu'on ait soupçonné ', étaient des dominotiers qui procédaient des cartiers , comme les graveurs sur cuivre procédèrent plus tard des orfèvres. Ces dominotiers s'appliquaient, en italien , à une époque où l'imprimerie était encore ignorée , le terme qui a servi depuis à exprimer les opérations typographiques. Une requête des cartiers de Venise, présentée au sénat de la république, le 11 octobre 1441 , contient ces mots : Carte e figure stampiDE che si fanno in Venesia. Cette confusion de termes eut lieu aussi aux Pays-Bas, et ôte beaucoup de force aux arguments de Des Roches et de son auxiliaire F.-J.-J. Mois. Insensiblement on distingua les différentes espèces deprinters, et le boekprinfer fut séparé du figuer ou heylige printer.
Une anecdote rapportée par Descamps , dans V Histoire des peintres flamands et répétée par Papillon ", constate , si elle est vraie, l'usage
' Des Roches, Nouvelles recherches sur l'origine de l'imprimerie , dans le i'"' vol. des anciens Mém. de l'académie, pp. 523-549. — F.-J.-J. Mois, Essai sur l'imprimerie d'Anvers , dans le Bibliophile belge, I, 72-88. Cf. pp. 290-299. — J.-F. Willems , Bericht wegens de antwerpsche boeli-printers der vyftiende eeuvo en den drukker van het breviarium tornacense , pp. 69-86 du Mengelingen van vaderlandschen inhoud, et pp. 17-33 du Belgisch Muséum, 184-i, 1^'" aflev. Cf. pp. 49-62 du même recueil ; Over de printers der XF" eeuio, te Antiverpen. Briefwisseling tusschen J. Koning en J.-F. Willems, in het tydschrift de vriend des vaderlands, 1828, in-8° (pp. 423-459 , 6S9-10i), et \e Bibl. belge, l, [88.
vulgaire des images en bois dans notre pays. Une de ces images distribuées par la confrérie de Saint-Ladre, à Anvers, détermina peut-élre la vocation de Quentin Metseys , et fut copiée par lui vers l'an 1470 ' . Il est hors de doute que cette confrérie n'employa pas ce moyen pour entretenir ou exciter la dévotion, du jour même où il exerça sur l'esprit de Metseys une si prompte influence, et que les imagers d'Anvers n'avaient pas attendu l'année 1470 pour montrer de quoi ils étaient capables. D'ailleurs l'acte de 1442 invoqué par M. Mois est un document hors de contestation.
Ce n'est pas néanmoins un motif péremptoire pour remonter à la fin du XIV'' siècle avec un iconophile parisien, qui s'est caché sous les initiales A-L., en écrivant à V Emancipation, une lettre accueillie par le feuilleton de ce journal du 31 décembre 1844.
L'iconophile assure que la collection de feu M. Delbecq, de Gand, renferme seule une trentaine de gravures antérieures au saint Christophe. (( Elles ont été trouvées, dit-il, dans des manuscrits flamands )) d'une écriture qui accuse la fin du XIV'' siècle ; elles y remplaçaient )) des miniatures, et elles étaient collées chacune séparément, dans )) un entourage colorié fait avec une empreinte. S'il n'y a pas de date )) écrite, le dessin et la manière du graveur équivalent assurément à )) une date précise. )) Nous nous sommes permis de répondre à l'iconophile de Paris que nous n'avions jamais songé à nier l'existence de gravures flamandes antérieures au saint Christophe; que M. Delbecq pouvait en avoir possédé, mais que toutefois pour admettre ce fait, nous ne saurions nous contenter des preuves administrées par M. A.-L. D'abord a-t-il vu lui-même les manuscrits dont il parle? ces manuscrits étaient du XIY'^ siècle, à la bonne heure; cependant pour que cette circonstance fût décisive, il faudrait prouver que les estampes y avaient été collées au moment où ces manuscrits ont été copiés , et certainement rien ne l'atteste. On peut exhiber, en effet, beaucoup de manuscrits où l'on a laissé en blanc la place des miniatures et des
* M. Perit's, rédacteur de l'article Messis (Quintin), dans la Biogr. iiuiv., XXVIII, 440, dil que ces images étaient dessinées.
lettres historiées : qui empêche que longtemps après on ait rempli ces lacunes en y appliquant des gravures beaucoup plus récentes que les volumes mêmes? En second lieu , est-il vrai que le style et la manière équivalent à une date précise? Le style et la manière peuvent indiquer une époque , une période, mais non pas une année, un moment donné, d'une manière absolue; personne, j'imagine, ne soutiendra le contraire *.
Nous l'avouons, nous préférons la critique timide qui s'avance lentement et avec précaution, à la critique hasardée qui court en aveugle à travers champs. Mieux vaut paraître commun et trivial en restant dans le vrai, que neuf et original aux dépens de la vérité.
En fait de date positive nous sommes donc encore devant l'année 1423, comme devant une barrière infranchissable.
Un hasard inespéré va nous permettre de la dépasser.
Il y a environ huit mois, on allait briseràMalinesun vieux coffre de rebut sorti des archives de Malines, et dont on avait extrait des papiers moisis. Ce coffre était devenu la propriété d'un ignorant cabaretier ^. Dans l'intérieur du couvercle était collée une image à peine visible. Par bonheur il se trouvait là un curieux ^, qui en détacha les fragments, les réunit ensuite avec adresse, et comprit, à l'inspection de la date de 1418 qui y est clairement exprimée, que cette feuille pouvait intéresser l'histoire de l'art.
On détacha à peu près ainsi, à Bruges, au mois d'août 1841, quelques autres gravures sur bois collées dans des sépultures en maçonnerie de l'église cathédrale de Saint-Sauveur ", mais elles étaient beaucoup plus modernes.
Attentif à ne pas laisser échapper du pays des choses précieuses que Paris ou Londres n'hésiterait pas à nous enlever, nous sommes par-
' Le Bibliophile belge, II, 66-67.
* Il se nomme Ryckbos.
^ M. J.-B. De Noter, peintre et architecte.
* M. 0. Delepierre, Notice sur les tombes découvertes en août 1841, etc., in-S" de 8 pages, avec un fac-similé in-plano (insérée d'abord dans les Annales de la sociétés d'émulation de la Flandre occidentale).
venu à acquérir ce trésor au prix de 500 francs, véritable bagatelle pour un morceau de cette importance, unique et inédit.
Comme il arrive presque toujours, il y eut des personnes qui firent semblant de croire que ces 500 francs si audacieusement dépensés allaient causer la ruine infaillible de l'État. D'autres, se réservant le rôle de la sagacité, crièrent à la mystification ; on peut même nommer des hommes instruits qui se perdirent en beaux raisonnements pour démontrer l'impossibilité de la trouvaille de Malines '. Malheureusement ces messieurs n'avaient oublié qu'une bagatelle.... c'était de voir l'objet de la discussion.
L'histoire de la dent d'or venait de se renouveler. On ne se compromettrait pas prodigieusement si l'on avançait qu'elle ne cessera de se répéter jusqu'à la fin des siècles.
Cependant tous les esprits n'étaient pas également prévenus. On aurait dit que les préventions s'affaiblissaient en raison du carré des distances, et qu'en franchissant nos frontières, elles allaient expirer chez l'étranger. La plupart des journaux, surtout ceux qui se consacrent aux arts, accueillirent avec empressement la nouvelle de la découverte de l'estampe de 1418'; à Paris, à Vienne, à Leipzig, à Munich, à Londres, on s'empressa d'y applaudir. Les iconophiles les plus connus, avec la plupart desquels nous avons l'honneur d'être en relation, avertis dès le premier instant, nous donnèrent des marques de sympathie. Ils désiraient un fac-similé de notre estampe ; ce fac-similé a été excuté avec un scrupule extrême par M. Severyns de Bruxelles, qui a reproduit la teinte et jusqu'aux moindres taches de l'original. Nous devions cette satisfaction à MM. Ernest Forster, F. de Bartsch, A. Weigel, Dudley-Costello, le comte Léon de La Borde et Duchesne aîné. Celui-ci a eu l'attention de nous adresser plusieurs remarques intéressantes.
* Lettre de M. le major Geoffroy, datée de S'-Ilubert, le 5 novembre 18-i-i, dans le teuilleton de \ Indépendance du 8 décembre 1844. — Le Bibliophile belge, I, 455-438, 479; II, 65. — Annttaire de la blibliothèque royale de la Belgique, G" année, 1845, pages 255 et suivants.
'^ L'artiste de Paris, du 24 novembre J844. L'Athenœum de Londres, n" 891, 25 novembre 1844 et suivant. L'écho du monde savant, i"' décembre \8i:-l. L'investigateur, ISC liv.. février 18-45, p. 76. Les KunslblàUer de Munich, la Gazette de Cologne, etc., etc.
Voici la description de cette feuille, qui a détrôné le saint Christophe, en s'élevant au-dessus de lui de tout l'espace de cinq années.
L'estampe, qui ajuste quarante centimètres de hauteur sur vingtsix centimètres et demi de largeur, et qui a contracté par le temps une teinte bistrée, a été déchirée en plusieurs endroits; elle offre des piqûres de -vers, et le bas a été enlevé, mais avec du papier de l'époque et pris dans le même bahut, on l'a dextrement raccommodée, en laissant cependant aux amateurs la faculté de la bien examiner des deux côtés et de l'interroger au grand jour, parce qu'on a conservé au papier sa transparence.
La marque de ce papier, fortement vergé et dont les pontuseaux suivent la direction horizontale, est une ancre posée en fasce vers la partie supérieure. Or, cette marque ne se voit point parmi celles que Jansen et M. Koning ont rassemblées ' ; mais elle se retrouve assez souvent, suivant l'observation de M. Duchesne, dans des estampes du dernier tiers du XV*^ siècle ; ce qui n'indique pas formellement une époque précise, car alors, pas plus que maintenant, ces marques n'étaient fréquemment changées, et il n'est pas rare de voir des papiers offrir une marque pareille , quoique fabriqués à un demi-siècle de distance.
L'image a été grossièrement coloriée, d'après l'usage du temps, qui s'est perpétué jusqu'à nous. Toutefois il n'y a guère que le rouge ou minium et un peu de vert et de brun qui aient résisté à l'humidité et à la décomposition naturelle.
L'encadrement est formé d'une double ligne.
La gravure est un simple trait sans aucune hachure pour accuser les ombres , mais dont la profondeur est remarquable et se fait sentir en repoussoir par derrière. L'impression a été exécutée avec une espèce de détrempe pâle ou plutôt jaunâtre , témoignage irrécusable d'ancienneté, telle que celle qui a servi pour la Bible
* J. Koning, Verhandeling over den oorsprong der uitvinding, verbetering en volmaking des Boekdrukkunst. Haarlem, 1816, in-8°. — Le même, Bydragen toi de geschiedenis der Boekdrukkunst. Haarlera, 1818, in-8°. — Le même. Dissertation sur l'origine, l'invention et le perfectionnement de l'imprimerie, traduite du hollandais. Amsterdam, 1819, in-8°.
des pauvres de notre bibliothèque royale (n° 190 du fonds Yan Hulthem), et qui dessine les figures de V Apocalypse. On revoit cette détrempe dans beaucoup de gravures sans date, qui appartiennent au XV^ siècle, notamment dans celles de V Art de bien motier, exemplaire unique de VArs moriendi en français , conservé dans le riche cabinet de M. Vander Cruyce de Lille, mais dont les planches sont celles de l'édition latine primitive. Notre gravure a-t-elle été tirée avec une presse analogue à celles dont on se sert aujourd'hui? Nous osons en douter. Le papier nous paraît avoir été appliqué sur la planche et frotté fortement au revers ; ce procédé et la profondeur des tailles , indice d'une main novice et qui n'a pas encore toute la légèreté désirable , expliquent , si nous ne nous abusons , la Vivacité de l'empreinte. Au reste , nous nous rendrons volontiers à l'opinion quelle qu'elle soit des hommes pratiques , sachant combien la spéculation est impuissante sans la parfaite connaissance de la technique.
Le sujet est la Vierge avec l'enfant Jésus , entourée de sainte Catherine , sainte Barbe , sainte Dorothée et sainte Marguerite.
Dans le haut, trois anges vêtus de tuniques et dont on n'aperçoit que le bas , le reste du corps étant censé caché dans le ciel , tendent des deux mains des couronnes de fleurs. Deux colombes, symboles de l'esprit saint, emblèmes de la douceur et de l'amour, voltigent audessous d'eux. Au centre d'un cercle gazonné et palissade , semblable à celui du jardin de la Pucelle de Hollande , figure sensible peutêtre de ces mots du Cantique des cantiques : Hortus conclusus soror meo sponsa ' , est assise entre deux palmiers la Vierge avec l'enfant Jésus. Celui-ci se tourne à droite ^ vers sainte Catherine , assise sur
' Cap. IV,v. 12.
^ La gauche du spectateur :
Un autel est en l'abéie De Ma Dame sainte Marie : Seur l'auLel une ymage est painte De la Dame piteuse est sainte Qui son fuiz tint en son devant.
Du Clerc Golias , dans le Nouveau recueil de fabliaux de Méon. 1823, in-8°, II, -iaô.
la même ligne que la Vierge, et qu'on reconnaît au glaive et à la roue dentelée , instruments de supplice auquel le cruel empereur Maxence condamna la fille du roi Costis '.
Sur l'extrémité de la palissade voisine de l'épaule droite de la sainte, est perché un oiseau, une colombe encore, peut-être.
L'enfant de la Vierge , d'Albert Durer , décrit par Bartsch ^ (VII, 56), tient un oiseau sur le doigt; il en est de même dans l'estampe de la Vierge au singe de cet artiste; sa Vierge à la treille montre également un oiseau qui repose sur un châssis "*.
S. à Bolswert a gravé d'après Rubens et Corneille Cort, d'après Frédéric Baroccio , des Vierges dites à l'oiseau; on cite encore la Vierge au hibou, d'Albert Durer, la Sainte famille au pigeon, de Sébastien Bourdon et de Pierre Van Schuppen; la Vierge nu perroquet, par S. à Bolswert, d'après Erasme Quillin, etc.
J'ai dit tout à l'heure une colombe , peut-être que d'autres esthétistes soutiendront que c'est une de ces perdrix apprivoisées qu'on rencontre, comme accessoire, autour de plusieurs saintes familles, de quelques saints Jérômes et dans d'autres tableaux religieux, notamment dans les représentations de l'évangéliste saint Jean , par un motif qu'expose mistress Jameson, en traitant de la légende dorée des artistes * .
A la gauche de la mère du Sauveur, et toujours sur le même plan,
* La légende dorée, par Jacques de Voragine, trad. du latin par M. G.-B. (Gustave Brunet, de Bordeaux). Paris, 1825, II, 207. Voy. l'estampe d'A. Durer: le martyre de sainte Catherine. Bartsch, VII, 141, n" 120.
^ Bartsch, le peintre graveur , VII, 56, n" 37.
■* Saint Jean avait, dit-on , une perdrix apprivoisée qu'il aimait beaucoup , et dont il s'amusait à compléter l'éducation. Certain chasseur venant à passer devant lui , son arc et ses flèches à la main, manifesta une surprise railleuse à l'aspect d'un homme si vénérable , occupé d'une manière aussi futile. Pour toute réponse, le grand apôtre lui demanda s'il tenait son arc toujours tendu. — « Ce serait, lui dit l'autre, le vrai moyen de le mettre bientôt hors d'usage. » — « Par la même raison que vous détendez votre arc, reprit alors saint Jean, je détends, moi, ma pensée. » Il est superflu de remarquer que cette anecdote est renouvelée de l'antiquité païenne, et que les faiseurs d'apologues s'en sont emparés. Voy. ÏAtlwiœum, de Londres, et la Revue Britannique, éd. de Bruxelles, avril! 845, page 396.