W LA PLUS ANCIENNE GRAVURE
est sainte Barbe , portant sur ses genoux une représentation en petit de la tour dans laquelle son père Dioscore l'enferma , afin que nul homme ne la pût voir \
Une sainte Barbe, gravée sur bois par Durer, a cette tour vis-à-vis d'elle \
Sur le premier plan , à droite , sainte Dorothée assise , tient d'une main une fleur et de l'autre une corbeille remplie de fruits , attributs de cette sainte dont nos horticulteurs célèbrent la fête avec zèle , et que n'oublient pas de lui donner dans leurs gravures Th, de Leu, Adrien Collaert , Sadeler d'après Martin Devos , Corneille Galle d'après Sébastien Vrancx , Matheus et Moncornet. C'étaient , en effet, les fruits et les fleurs, qu'en allant au supplice , elle envoya à l'incrédule Théophile, qui lui avait demandé en raillant des fleurs et des fruits du jardin de ce divin époux qu'elle rejoignait , disait-elle, avec tant d'allégresse ^.
A gauche , sainte Marguerite d'Antioche est reconnaissable au dragon dont elle triompha * et de la tête duquel elle tira un escarboucle ou rubis qui rappelait son nom. Elle tient une croix, parce qu'en traçant le signe du salut, elle mit le monstre en fuite, et un livre , le code sacré des vérités pour lesquelles elle mourut.
Raphaël peignit pour François I'''^", ou peut-être pour Marguerite de Valois , sa sœur , une sainte Marguerite qui fut longtemps placée dans la chapelle de Fontainebleau, et qu'on ne connaît plus que par plusieurs gravures où la sainte est debout , une palme à la main , à côté d'un monstre énorme la gueule ouverte.
* La légende dorée, II, 296.
^ Je ne vois point que Bartsch en ait fait mention. Cette sainte est assise, la couronne en tête, sur un siège à l'antique. Un calice au-dessus duquel plane une hostie, est entre ses mains. Format in-fol.
Nous pensons que la sainte donnée par M. le comte Léon de La Borde pour une sainte Catherine, est une sainte Barbe, page 17 des Débuts de l'imprimerie à Strasbourg , 1840, grand in-S°.
'A. Butler, Vies des Pères, des Martyrs et des autres principaux saints. Paris, 1783, in-S", II, d07.
■* La légende dorée, I, ISô. Alfred Maury, Essaisur les légendes pieuses du moyen àgc, page lio. A. Welby Pugin, Glossary of eecksiastical ornament. London, 1844, in^", page 114.
La Vierge , sainte Catherine , sainte Barbe et sainte Dorothée portent un manteau sur leurs tuniques ; sainte Marguerite n'a qu'une robe serrée à la taille par une ceinture.
Toutes les têtes sont nimbées, mais le nimbe de l'enfant Jésus est seul crucifère, cette sorte d'ornement étant réservée à la divinité'.
La Vierge porte une couronne impériale surmontée d'une croix pommelée, sainte Catherine une couronne de reine, sainte Dorothée une couronne de fleuï's.
Virginum imaginibus, dit Molanus ' coronam ex floribus consertam imponimus , quia et virginitatis est florem carpere et ex eo favum et mel componere , de quo dicitur : Favus distillans labia tua, sponsa; mel et lac sub lingua tua. Cyprianus etiam virginitatem, ipsam florem appellat in tractatu ad Demelrianum.
Les cheveux de la Vierge sont relevés, ceux des saintes flottent, mais avec raideur, sur leurs épaules; quatre légendes dans des banderoles offrent les noms de celles-ci , en caractères gothiques assez mal formés : S'" Katerina, S'" Barbara, S'" Theorettisa , S'" Margareta. La forme Theorettisa pour Dorothée est singulière.
La palissade est fermée par une barrière, et en dehors, vers la gauche, on aperçoit un lapin.
Cette particularité n'est pas indifférente , car un lapin se remarque aussi dans le saint Christophe , mais ici il se laisse voir en entier , tandis que dans la gravure du saint Christophe il est presque entièrement caché dans son terrier.
Ce signe est-il emblématique ou parlant , fait-il allusion au nom du graveur qui a pu s'appeler Lampraes , Lampreel , Conyn ^ ; sa rencontre dans les deux plus anciennes gravures connues , décèlet-elle entre ces deux pièces un lien de parenté ? On est réduit à des conjectures.
Nous pensons plutôt que ce lapin n'est qu'un caprice de l'artiste.
* Didron, Iconographie chrétienne. Paris, -1845, in-4", page 32.