LES MÊMES, DURAND
DURAND
Qu'est-ce que vous faites-donc là, vous autres?
LE DOMESTIQUE
Tiens , c'est papa Durand ! . . . >
LES FEBIMES DE CHAMBRE
Bon soir, papa Durand.
DURAND
Papa Durand... il nie semble que vous pourriez bien dire monsieur Durand... Ab ça ! il paraît qu'ils dansent là dedans
UNE FEMME DE CHAMBRE
Oui , nous les regardions.
DURAND
Je ue conçois pas comment des gens d'esprit peuvent s'amuser à remuer les jambes. . . Mais je ne vois pas mon patron. . . Où est-il doue, monsieur Cloudeau?
LE DOMESTIQUE
Le marié !
DURAND
Je n'iii pas le temps de l'attendre. . . Je suis barassd. . . Vous ne sauriez croire dans combien d'endroits je suis (ilt aujourd'hui.... Monsieur Blondeav» iui\ envoyé dès ce matin porter des contraintes pour les contributions Enfin, je ne fnis que d'arriver, et en rentrant tout-à-l'heure , j'ai rencontre' à la porte une lettre avec un liotnine... Voici la lettre. (1/ lit l'adresse.) A mctisicur lilonde-iu, trèspressé... Qu'est-ce que ça peut être... Mais où est-il? que je lui remette de suite. . .
LA FEMME DE CHAMBRE
Je ne sais pas. . . II n'est plus dins le salon. . .
Le nouveau marié a déjà quitté le bal. . . Est-ce qu'il se serait évincé avec son épou.«e?
LA FEMME-DE-CHAMBRE
Ob ! non ! . . . Sa femme est encore h danser!
DURAND
Ab ! ... Sa femme dnnsc déjà sans lui . . . Ç'» promet. , .
LE DOMESTIQUE
Elle est jolie , madame Blondeau.
DURAND
Vous avez vu ça tout de suite , vous , ({u'<>lle est jolie... Le fait est qu'elle est d'un port agréable... Pauvre jeune bommc ! nous verrons qu'csl-cc que ça deviendra par la suite au temps.
LA FEMME DR CHAMBRE
l*ourquoi dilcs-vous ç;» ?
DURAND
Suffit!... je m'entt'ntls I Depuis quarr<n!c ans que j'Iiabîle cette cité, je dois être un peu au courant de la chronique. Je connais la Biîliographie des individus... La veuve Dutour, la mère de la mariée. . . ça fait de rembarras. . . niais j'ai vu feu Diitour, simple commis à six cents francs, chez le précepteur des contributions.,. C'est par là qu'il a commencé, je le sais, puisque c'était moi (jui portais de'jà les contraintes par corps, à l'époque. . . Un brave et dij^ne homme que feu Dulour. . . un peu vif. . . un peu brutal... Quand il abusait des capiteux... Sa veuve ne lui ressemble i^uère. . , voilà une chipie , une vraie cancre. Elle ne vous ferait seulenient pas cadeau , ce qui s'appelle d'une prise de tabac. . . Aussi il y a longtemps qu'elle cljerche un gendre à sa fille. . . Elle est bieu heureuse d'avoir trouvé Blondeau , un joli parti.
LA FEMME DE CHAHIBRE
C'est uu mariage qui s'est fait bien vite toujours.
DURAND
Ça s'est fait par induction, et voilà tout... Quand la place de prcccptcvr est venue à manquer, il y a trois mois, c'est Blondeau qui a été nommé en remplacement de son
successeur.
LE DOMESTIQUE
"Vous voulez dire de son prédécesseur.
DURAND
Je dis bien... de son successeur... ^'nus succédez à quelqu'un... c'est voire successeurj voilà donc lîlonde.ui qui arrive à Parthnay pour occuper l'emploi... Vous allez voir le truc de la veuve Dutour. . . Elle commence par louer au jeune homme une partie <!e sa maison pour tenir son bureau, soi-disant... Blondeau voit la jeune personne... il s'enflamme, et il épouse. . .
LE DOMESTIQUE
Ce n'est pjjs maladroit. . .
DURAND
C'est bien le gendre qui lui convient.. . 11 est un peu timide. . . un peu naïf. . . Enfin, un bon enfaul , on peut
le dire. . . C'est lui qui a voulu que je logeât dans la maison... Il m'a donné là haut une petite local assez agri^able, au quiitrillième, qce j'ai bien été force' d'accepter. . . Car certaineuient, je n'étais pas né pour une pareille position... Vous ne savez pas de quelle famille je tire ma source... Ma mère me le disait toujours. . . Si tu avais connu ton père. . . Mais, )e ne l'ai pas connu , mon père, il est mort dans les îles, bien avant ma naissance. . . Par exemple, je dois rendre justice à monsieur Blondeau, il a pour moi les e'gards qu'on doit aux grandes infortunes. . .
LE DOMESTIQUE
On m'a pourtant dit que vous lui serviez de domestique.
DURAKD.
Moi, son domestique! quelle platitude... Peut-on humilier le malheur à ce point là. . . Blondean m'a toujours traité d'égal à égal . . .
AIR : Un homme pour faire un tableau.
Nous vivons tous deux en amis , Chacun y met de l'obligeance - • .
Je bross quelquefois ses habits.
Mais c'est par pure complaisance; Je cir' ses bolt's assez souvent , Ça n' prouv' rien en bonn' logique.
J' cir' bien les mienn's , et cependant Je n' passe pas pour mon domestique.
D'ailleurs, il me plaît c' jeune homme-là. . . ce n'est pas avec lui que j'veux me prévaloir. Il est assez à plaindre de s'allier à la famille des Dutour; il épouse la fille pour ses beaux yeux. .. La belle-more a bien promis une dot... mais je t'en fiche... promesse allusoirc.
LE DOMESTIQUE
C'est égal. . . il y a encore de l'agrément à £'tre le ninii de madame DIondcau.
DURAND
Vous croyez ça, vous autres... parce que vous ne voyez pas le Iraurrs de la médaille. . .
LA FEMME DE CHAMBRE
Quoi donol csl-rc qu'il y n de» hisloires?
Durand;
Non ! ... je ne peux pas vous dire ... Je n'irni pas à mon âge compromettre une jeune personne , qui est peut-être aussi innocente que vous et moi. . . Car enfin, ça peut arriver à tout le monde ces choses-là... On reçoit des lettres d'un jeune homme , une supposition. . .
LA FEMMK DE CHAMBRE
Ah ! il y a un jeune homme?
DURAND
Oui, il y n un jeune homme. .» un officier... Uu voyage h Nantes, une correspondance secrète et intestine... Ah! c'est que vous ne connaissez pas mademoiselle Dutour; elle est si tellement romanesse, qu'elle n'aurait jamais e'pousé Bloodeau, s'il n'avait pas e'të au moins lieutenant dans la garde nationale.
LE DOMESTIQUE
Comment! c'est donc vrai... Il est lieutenant, monsieur Bloudeau ? .
DURAND
Ça vous étonne?.. . C'est encore par les intrigues de la belle-mère... Il manquait un lieutenant dans les voltigeurs... la Dutour a fait des cabales, et on a nommé Blondeau lieutcuant provisoire. . . par intérim. Il faut le voir commander sa companie... Il ne manque jamais de dire : « Portez vos armes , s'il vous plaît , » et il ôte son chapeau.
LE DOMESTIQUE
C'est drôle !
C'est-à-dire que c'est ridicule! surtout dans ce moment ici, que les Chouans parcourent les environs , et que la garde nationale fait un service active. . .
( On entend Blondeau crier dans la chambre. )
LB DOMESTIQUE et LES FEMMES DE CHAMBRE.
Ah ! voilà le marié !
( Ils sortent par le fond. )
SCEIVE III.