‹ La plus faible; comédie en quatre actes, en proseChapitre 109 sur 112 · ACTE IV, SCÈNE VI · texte numérisé non relu

ACTE IV, SCÈNE VI

.ju. u...i..... L... :. ..^.udc.) Seulement que tu m'aies fait cette offre, cela me suffit, vois-tu. L'opinion du monde m'est indifférente. Je ne me croirai pas plus tienne parce que nous serons unis devant les hommes, et que j'aurai légalement des droits sur toi. Toi, au contraire, je sais que l'idée d'une contrainte, d'une chaîne légale, t'est pénible. Ne dis pas non : je te connais si bien. M'aimerais-tu autant si tu te savais forcé de me garder? Ne te dirais-tu pas parfois ce que dira certainement ta famille : «. Elle a tout de même réussi à se faire épouser! » Ah! plutôt (qu'une telle pensée te vienne, j'aime mieux ma misère présente, et la séparation. Ecoute... Nous irons dans quelque chapelle bien ignorée, à l'étranger... nous faire bénir : on dit que c'est possible. Comme cela, la petite bête pieuse que je suis ne sera plus brouillée avec le bon Dieu... et ce niîariage religieux, inconnu de tous, ne liera que moi, puisque tu n'as pas mes croyances. Notre vie à deux restera secrète, et si tu te lasses un jour de ta Germaine, tu seras libre de la quitter : elle ne te veut pas malgré toi!

(1:11e s'abat dans les bras de Jacques.)

JACQUES, sérieusement.

Non... Germaine, l'épreuve a réveillé ma conscience. Quand l'homme a trouvé sa compagne, qu'avec elle il s'est créé un foyer, il n'a pas le droit d'accepter qu'elle assume les devoirs de l'épouse, et ne soit pas l'épouse. Le monde s'insurge contre de telles abnégations : il juge dangereux pour l'ordre que la vertu conjugale fleurisse hors du mariage régulier. Ma famille n'est pas cruelle et elle t'a torturée.

GERMAINE

Qu'importe, puisque tu m'es revenu !

JACQUES

Je n'en déteste pas moins mon inertie, mon égoïsme, et mes vaines théories sur la liberté dans l'amour. Aucune théorie ne permet à l'homme de faire de sa compagne, parmi toutes ces faibles qui sont les femmes dans, la société moderne, la plus désarmée, la plus faible. Germaine, je veux t'épouser religieusement, parce que la paix de ton cœur m'est précieuse; mais je t'épouserai aussi légalement, parce qu'il me plaît de proclamer que je suis ton mari.

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