ACTE I, SCÈNE V 3 f
JACQUES, haussant les épaules. .
Tu sais bien qu'entre Germaine et moi la / question de mariage n'a jamais été posée. '
GOURD
Je sais bien que tu ne l'as jamais posée et que Germaine est trop fière pour la poser jamais... Eh bien, moi, je la pose, là... (Un temps.) Voyons !... Tu as rencontré Germaine dans le monde, pourvue d'un joli nom, d'une jolie fortune et d'un mari.
JACQUES
D'un joli mari...
GOURD
Non. Je t'accorde que le mari, au contraire, était un assez vilain drôle. Tu as fait la cour à Germaine, qui t'a aimé tout de suite... Un soir, peu de temps après, comme elle te voyait ici, fiévreux et malade, elle n'a pu supporter l'idée que tu souffrais seul, loin d'elle. Elle est restée, laissant sa fortune aux mains de son brigand d'époux comme on oublierait un vieil en-cas... Depuis, elle est près de toi... elle vit à tes cotés... elle a fait de ton intérieur quelconque
de célibataire un nid de paix et de joie... (Jacques,
debout, affecte de ranger des papiers distraitement, sur sa table.)
Ce n'était pas commode. Elle trouvait installés ici un couple de forbans doucereux, qui te pillaient en paix.
JACQUES
Rémi et Sidonie? Germaine ne s'en est jamais plainte.
GOURD
Rémi et Sidonie exècrent Germaine, l'espionnent au profit de ta famille. Mais c'est encore une chose que tu préfères ignorer. Passons... et résumons. (Jacques, impatient, va à la bibliothèque; Gourd le suit.) Pour toi, Germaine a renoncé à toute existence sociale, on ignore dans son monde ce qu'elle est devenue, elle n'a plus de domicile officiel, plus de nom! On ne saurait pas comment s'y prendre pour lui adresser une lettre! Elle t'aime passionnément, tu l'aimes...
Pourquoi ne l'épOUSeS-tU pas?... (Silence de Jacques.)
Jacques, pourquoi?
JACQUES, regardant Gourd avec une commisération affectée.
Bourgeois, va !