‹ La plus faible; comédie en quatre actes, en proseChapitre 21 sur 112 · ACTE I, SCÈNE V · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE V

père Nerval ne mettrait pas les pieds ici parce que tu as une « concubine », mais il mange son patrimoine avec des drôlesses, chez elles ! Angélique, ta sœur, la femme de l'avoué Lebrun, porte bien haut sa fierté d'honnête femme...

JACQUES

Ma sœur est irréprochable.

GOURD

Irréprochable! mais bien contente tout de même d'avoir « à blanc » les menus avantages d'une liaison, l'ami attentif, son ouistiti, comme elle le nomme, cet imbécile d'Espilly qui lui donne sans risque la sensation d'être courtisée, qui paye les loges, les voitures, les soupers après le théâtre, tout ce que son avoué de mari refuserait.

JACQUES

Je te prie de laisser ma sœur tranquille ; elle n'a rien à faire dans la question.

Je la cite parce que ta conduite ressemble à la sienne... Toi aussi tu fais les choses et tu as peur des mots. Veux-tu que je dise la vraie raison qui

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te fait hésiter à épouser Germaine? C'est que le monde fait un peu la grimace à l'homme qui épouse sa maîtresse.

JACQUES

Quelle niaiserie!

GOURD

C'est la vérité. Entre une parfaite honnête femme et Germaine, tu fais une différence.

JACQUES

Un autre que toi ne me dirait pas cela en face.

GOURD

Indigne-toi! Cela me fait plaisir! car tu sais bien ce que je pense de Germaine. Durant des années, tu as douté d'elle pour la seule raison qu'elle n'était pas ta femme. La facilité de ta conquête, sa promptitude, sa plénitude, t'alarmaient. Ne dis pas non! J'ai reçu la confidence de tes doutes. Il m'a fallu du temps et de l'effort pour te faire sentir dans ce don entier et soudain la preuve même de l'honnêteté de Germaine.

JACQUES

Tu me reproches, en somme, d'être un inquiet :

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