ACTE I, SCÈNE V
JACQUES
Me vois-tu dépistant M. de Maucombe et lui proposant un traité amiable?
GOURD
Il y a des intermédiaires qualifiés pour ce genre d'opérations.
JACQUES
Livrer notre sécurité et l'honneur de Germaine à un homme d'affaires? Merci bien!
GOURD
Prends-moi comme agent : tu as confiance en moi, je suppose? Laisse-moi chercher M. de Maucombe. Je te le trouverai.
JACQUES, sec.
Non! là! Tout cela ne tient pas debout!
GOURD, tristement.
Égoïste !
(Un silence.)
JACQUES, sérieux.
Egoïste!... Quel mot facile pour juger le ca-
ractère des gens qui réfléchissent mieux que soi. J'admets que le dégoût de l'effort contribue à mon inertie. Es-tu bien sûr qu'une tendresse sérieuse, avisée, ne s'y mêle pas? Les basses démarches de procédure, interrompant mes travaux, me répugnent. Mais ce n'est pas cela qui me répugne le plus. Pour me marier, il faudra, tu le sais bien, passer outre les résistances de ma famille... La seule présence de Germaine ici a déjà refroidi nos rapports. Imagine leur stupeur, leur colère, quand je viendrai leur dire : (( J'épouse ma maîtresse ! » (Un temps.) Cette lutte contre des gens qui me tiennent par les liens les plus étroits et qui n'ont pas avec moi deux idées communes, j'avoue qu'elle excède mon courage. Elle aboutira à une rupture violente, je le sais, après d'odieuses scènes oii il me faudra entendre Dieu sait quelles ignominies sur la femme que j'aime et qu'ils considèrent sincèrement, eux, comme une sorte de courtisane, parce qu'elle a quitté son mari pour vivre avec moi.
GOURD
Voilà la première vérité que tu aies dite. En