ACTE I, SCÈNE X
Figure-toi que, les premiers temps, j'ai souffert d'être une charge pour toi. C'était un vilain sentiment. Il a passé vite. Aujourd'hui, je suis contente de penser que le vêtement que je porte, le pain qui me nourrit, c'est toi qui les fais avec la chaleur de ton cerveau et le geste de ta main. (Elle lui baise la main.) Mais pourquoi me reparlcs-tu de ce passé? Rien ne te trouble, mon chéri; rien ne t'agite?
JACQ^UES. absent.
Non, rien, je t'assure. (Un temps.) Tu te rappelles cette soirée du 12 janvier, il y a quatre ans... quand pour la première fois, le soir venu, tu ne m'as plus quitté? J'étais souffrant, j'avais la fièvre...
GERMAINE
Oui... je te vois encore... Epuisé, inquiet, tu me pressais la main, tu me disais : Reste! (Un temps.) Je suis restée.
JACQUES
Comme un enfant, sans plus t'occuper de rien au monde que de moi!
74 LAPLUSFAIBLE
GERMAINE
Oh! la chère maladie! Enfin je ne m'éloignais plus de toi... Je te soignais, je te* dorlotais... Après, quand tu as été guéri, quelle joie d'arranger ta maison, de mettre l'harmonie... que j 'aime — dans ton travail, dans ta vie !.. . Ce n'est pas grand'chose? Mais que veux-tu? C'est tout ce que je sais faire... Je ne puis pourtant pas m'installer à ta table de travail et composer tes livres...
(Elle rit.)
JACQUES
Même dans mon travail tu as ta part. Quand je suis las, tu poses ta main sur mon front et ma fatigue s'abolit.
GERMAINE, tendrement, lui mettant la main sur le front.
Jacques!
JACQUES
Et quand la malice des gens me blesse, quand je sens la vie hostile, je te dis : (( Germaine, protège-moi!... )) Tu noues tes bras autour de mon cou, et tout de suite... je suis réconforté... (Avec élan.) Ah! Germaine, protège-moi!
(Il se jette dans ses bras.)