ACTE II, SCÈNE III Çf
LEBRUN
Blessé grièvement?
MADAME NERVAL
Le poumon est atteint.
LEBRUN
Oh! mais c'est affreux!... Pourquoi s'est-il battu?
ANGÉLIQUE, descendant vers lui, après avoir fermé la porte du fond.
Max te racontera cela. Pour le moment, nous avons à parler de choses sérieuses, et le temps presse.
LEBRUN
Je ne peux pas le voir?
Pas à présent. L'ordre du médecin est de le déranger le moins- possible... Du reste, j'ai besoin de toi.
LEBRUN
Ma chère amie, je suis à ta disposition.
ANGÉLIQUE
Assieds-toi. (Tous s'assoient.) Le docteur sort d'ici.
96 LAPLUSFAIBLE
Il dit que le cas est grave, mais enfin que
Jacques peut en réchapper. (A madame Nerval d'un ton
rassurant.) Jacques cst solide et sain : il en réchappera. Et quand nous l'aurons sauvé, guéri, je regarderai moi, ce duel, cette blessure, comme un accident providentiel.
MADAME NERVAL
Oh! Angélique, peux-tu dire cela!
ANGÉLIQUE
J'appelle providentiel un événement qui, tout à coup, sans que notre responsabilité y soit le moins du monde engagée, arrache violemment mon frère à la vie qu'il menait, au milieu où il s'enlizait, et le rejette chez nous, dans un état qui le force à reconnaître ce que nous sommes pour lui, ce que la famille est pour lui.
MADAME NERVAL
Je te comprends! Je te comprends! Mais comment nous le rend-elle, celle qui nous l'avait pris?... Blessé... mourant!... Oh! cette femme, puisse-t-elle pleurer à son tour toutes les larmes qu'elle m'a fait verser!... Sans elle, le métier