ACTE III, SCÈNE VIII l8l
guéri, je te dis : (( Va la retrouver... » Il ne tient qu'à toi de reprendre ce soir, si cela te plaît, tes anciennes habitudes... Il est vrai que j'ai jugé malséant que, durant ton séjour ici, cette dame s'y installât, entre maman, Pauline et moi... Il m'a paru difficile, si quelqu'un — ne fût-ce que le docteur — me demandait : « Quelle est cette jolie personne au chevet de M. Nerval? » de répondre : (( C'est sa maîtresse. » Toutes les honnêtes femmes, sans être pour cela des pharisiennes, auraient agi comme moi. Je n'ai pas transgressé les droits de M"'Me Maucombe : j'ai défendu les miens.
JACQUES, sombre.
En somme, durant onze jours, par ton intransigeance, Germaine s'est trouvée sans appui, sans abri, séparée de moi?... Je me refuse absolument, je te le répète, à accueillir l'infâme calomnie de sa fuite, de son installation chez Gourd. Toi qui l'admets, ne sens-tu pas que, si c'était vrai, tu en serais en partie responsable?
ANGÉLIQUE
Peut-être... Mais je vais te parler maintenant
l82 LA PLUS FAIBLE
comme une mère à son fils. Je ne regrette rien, quelle que soit la conséquence de mes actes.
JACQUES
Tu ne regretterais pas d'avoir brisé ma vie en me séparant d'une femme que j'adorais?
ANGÉLIQUE, très ferme, les yeux dans les yeux.
Cette femme, pas plus que ton ami Gourd, n'est digne de toi. Je te l'affirme, Jacques. Tu me remercieras un jour. M""" de Maucombe est indigne de toi, et Gourd est son complice.
JACQUES, violemment.
Il n'est pas permis de proférer de pareilles calomnies quand on n'a aucune preuve.
ANGÉLIQUE
Qui te dit que je n'aie pas de preuve?
JACQUES
Tu as une preuve?
ANGÉLIQUE
Une preuve qui m'est échue bien malgré moi. Le jour de ton duel, quand j'ai dû aller chez toi
pour mettre de Tordre dans ta maison et prévenir tes gens, on m'a remis une lettre... Sidonie m'a remis une lettre qu'elle avait trouvée, une lettre adressée par Gourd à M"'° de Maucombe.
J ACCRUES, impatient.
Tu as cette lettre?
ANGÉLIQUE
Je l'ai là, sous clé, et je te la remettrai si tu l'exiges.
JACQUES
Qu'est-ce qu'elle dit?
ANGÉLIQUE Elle dit... (Cherchant à se rappeler.) à pCU près : (( Ma
chère Germaine... Vous étiez hier nerveuse et inquiète... Je tiens à vous rassurer... II... » (c'est toi) ... (( ne se doute de rien, n'a pas le moindre soupçon. Il est d'ailleurs bien trop distrait, bien trop égoïste... )) Et c'est signé : « Votre vrai ami »... Vrai souligné.
JACQUES
Qu'est-ce que cela prouve?
ANGÉLIQUE
Cela prouve au moins que ton ami et ta maîtresse correspondaient à ton insu et avaient entre eux des confidences dont tu étais exclu... Sais-tu qu'avec un pareil papier Lebrun se chargerait d'échafauder une plainte en divorce?
JACQUES
Je trouve blessant, en effet, que Gourd écrive de pareils billets à Germaine, et, s'il ne m'en donne pas une explication satisfaisante, je le prierai de ne plus mettre les pieds chez moi... De là à soupçonner la fidélité de Germaine, à croire que Germaine a été vivre avec lui, il y a tout de même un abîme. Du reste, nous allons nous expliquer... J'ai mandé Gourd ici. Je l'attends.
ANGÉLIQUE
Prends garde! Tu es faible; il est adroit, doucereux ! Il va pleurnicher, s'humilier, s'apitoyer et t'apitoyer sur le sort de M""^ de Maucombe.
JACQUES
S'il l'aime, pourquoi chercherait-il à la rapprocher de moi?