‹ La Podopathie Des TranchéesChapitre 7 sur 19 · FORMES CLINIQUES · texte numérisé non relu

FORMES CLINIQUES

Nous omettons volontairement de préciser la durée des différentes périodes, car si cette symptomatologie générale résume tous les cas, les réactions individuelles plus ou moins intenses font que, cliniquement, il existe de nombreuses variations de l’état pathologique décrit.

L'exagération, l’atténuation, la disparition de telle ou telle période, l’existence d’affections antérieures, créent des formes cliniques diverses.

Nous ne reprenons point dans ce chapitre les différentes phases de la maladie en citant les modifications en nombre, en durée, en intensité des signes objectifs et subjectifs ;il nous paraît plus intéressant et plus rationnel, après avoir donnéune observation type, de résumer divers cas rencontrés parmi les accidentés de notre régiment.

OBsERvVATION I.

Henri B..., 25 ans. Antécédents neuro-arthritiques, séborrhée ; calvitie précoce, adipose.

Jusqu’en décembre a bien supporté les fatigues de la campagne. Après un séjour de quatre jours dans les tranchées où la nappe de boue s'élevait à la hauteur du mollet et quelquefois au-dessus des genoux, n’ayant pu pendant ces quatre jours consécutifs se mettre au sec, après être redescendu au village, commence à souffrir des pieds.

Engourdissement pénible de tous les orteils avec douleurs lancinantes fugitives, picotements sous la face plantaire des orteils; léger malaise général, courbature. Les douleurs devenant plus fortes, il se déchausse. Les pieds sont légère-

Me PL ment tuméfiés uniformément; œdème profond, rosé, tendu, peu douloureux à la pression. À mesure que le temps passe, les pieds augmentent de volume et deux heures après s'être déchaussé, il lui est'impossible de remettre ses chaussures.

Il entre à l’infirmerie, présentant tous les symptômes du premier stade de la Podopathie des Franchées.

L'œdème blanc rosé ne dépasse guère les deux, chevilles ; le mollet n’est pas douloureux; les douleurs nocturnes sont supportables ; crampes mais surtout byperesthésie de l'extrémité des orteils qui ne peuvent déjà plus supporter le poids des couvertures.

Traitement : repos, massages avee de l'alcool salé à 909, gymnastique des orteils suivant la méthode biokinétique du prof, Jacquet.

Au bout de quatre jours, l’œdème a disparu et le soldat retourne à la tranchée qui est toujours remplie de boue. Il n’y fait pas un long séjour et revient nous consulter pour ses pieds. L’œdème est plus rouge, la peau plus vernissée, le godet est plus difficile à produire et ne dure pas; on a l'impression de faire craquer la peau et la couche cornée de la face dorsale s’écaille en petites lamelles.

L'œdèmea gagné la partie moyenne du mollet; la douleur à la pression, profonde au nivèau des malléoles surtout, est forte mais déjà, aux extrémités des orteils, sur le rebord interné du gros orteil, on note une zone d'anesthésie très petite, il est vrai, mais nettement caractérisée. /

Au bout de trois semaines de traitement, on voit l'œdème régresser lentement et Henri B... est capable de remettre ses souliers et de repartir auxtranchées, quoique se plaignant encore de douleurs lancinantes nocturnes; il boite légèrement. Après un séjour de deux jours où il eut à subir un froid très vif, sans qu'il gelàt cependant, B... revient à l’'infirmerie, porté par un de ses camarades.

Les OUI étaient très vives et l’empêchaient de se tenir debout seul. Une fois déchaussé, avec beaucoup de péine, on constate la présence d’extravasations sanguines aux orteils; elles siègent sur la face plantaire de tous les orteils, du gros orteil en particulier où elles gagnent la.

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face dorsale; on en trouve au niveau de la tête du premier métatarsien, au calcanéum face inférieure et disséminées sur le rebord externe des deux pieds sous la forme d’un picté hémorragique. :

En même temps que ces score on observe le retour de cét œdème luisant, dur et de plus en plus violacé; la peau est sèche et froide, se desquamant par le grattage, aucune transpiration. |

Les douleurs ne sont guère plus vives qu'au début, mais l’impotence fonctionnelle parait due à la limitation des mouvements des articulations tibio-tarsiennes et tarsométatarsiennes. L'œdème a toujours empêché de se rendre compte s’il y avait épanchements intraarticulaires. (Pendant quelques jours on put observer un début de synovite achilléenne qui ne progressa pas.) :

L’anesthésie cutanée au niveau des orteils était complète, aucun mouvement imprimé aux doigts n’était perçu.

Pendant les trois mois qu’il resta à l’infirmerie, il nous fut permis d'observer l’évolution de ces lésions avec la sensation nette qu'aucun traitement quel qu’il füt n’influençait le travail d'élimination de la nature

L'œdème persista longtemps {deux mois), mais progressivement il redevint plus mou; la transpiration cutanée plantaire se rétablit surtout après les bains chauds ‘pro= longés.

L’anesthésie cutanée persiste telle qu’au début.

Les douleurs, crampes ont disparu très lentement. -

L'évolution des extravasations sanguines fut la suivante : aux malléoles et sur le rebord plantaire externe, la régression se fit sans incident,

‘Aux orteils, sur la tête des métatarsiens et sous tous les durillons, on observa la transformation purulente de tous ces épanchements sanguins. Il fut nécessaire d'ouvrir tous ces foyers infectés, mais ce pus devait être peu virulent, car jamais il n’y eut d’adénite inguinale. Les pansements furent faits avec une solution de permanganate à 1 pour 4,000 en alternant avec des pansements légèrement for= MISE

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