POÉSIE DRAMATIQUE
Les vieux poètes dramatiques, dont les œuvres sont encore quelquefois représentées, mais bien rarement, n'ont pas trouvé jusqu'ici de successeurs. Gela est d'autant plus regrettable qu'il n'y a pas plus de vingt ans, nous dit M. Luzel, dans la très intéressante préface qu'il a mise en tête de ses Contes populaires de la Basse-Bretagne, « Morlaix possédait un « théâtre breton, et, deux fois la semaine, on « y jouait dans la langue du pays les Quatre (( fils A y mon, Huon de Bordeaux, Or son et « Valentin, Sainte Triphine, Sainte Geneviève « de Brabant, le Purgatoire de saint Patrice « et plusieurs autres pièces d'un répertoire « populaire fort apprécié dans le pays, h
Jusqu'à ces dernières années, la presqu'île guérandaise était la seule partie de la Haute- Bretagne où la langue celtique fût en usage ; mais, depuis quelque temps, une émigration considérable, causée par la misère, a entraîné vers les grandes villes de Nantes, de Rennes et de Saint-Nazaire des paysans et des ouvriers du Finistère, des Gôtes-du-Nord et du Morbihan. On évalue à près de dix mille les Bas-Bretons émigrés à Nantes. Aussi des membres du clergé y ont été obligés d'étudier leurs dialectes ; dans quelques chapelles on prêche, à certains jours, en breton, et, aux époques d'élections, les murs de plusieurs quartiers se couvrent d'affiches en cette langue.
A Rennes, une chaire de celtique a été créée à la Faculté des Lettres, et ainsi s'est réalisé le désir si souvent manifesté par J.-M. Le Huërou. Elle est très brillamment occupée par M. J. Loth. Peut-être verrons-nous bientôt éclore dans la Haute-Bretagne une nouvelle littérature celtique. Il suffirait qu'un poète de génie naquît parmi ces Bas-Bretons émigrés, et cela n'est pas impossible. U Esprit souffle où il veut.