LA POÉSIE MORALE
des marais. La bataille fut livrée dans une grande plaine et les deux rivaux combattirent à perdre haleine avec des lances de jonc. Le choc fut rude ; c'était des deux côtés même force et même agilité. Chacun des adversaires pensait au bonheur et à la gloire qu'il y aurait pour lui à remporter la victoire.
Pendant qu'ils s'épuisaient ainsi en efforts, un oiseau appelé milan fondit sur les deux combattants et en fît un fort bon dîner.
Avant de vous engager dans une querelle, une dispute ou un procès, comme font beaucoup de gens, prenez bien garde de ne pas vous avancer imprudemment, si vous ne voulez en avoir le cœur marri ; car vous pourriez vous en mal trouver.
Le milan, c'est la Justice.
Le style de Ricou n'est pas d'une pureté parfaite ; la réforme de la langue bretonne entreprise par Le Gonidec n'était pas encore accomplie. Son petit-fils, M. Le Coat, instituteur à Trémel, a marché sur ses traces en profitant de cette réforme et il a publié un bel éloge en vers du savant linguiste. (Revue de Bretagne et de Vendée, 1868, t. i.)
Ricou était protestant et avait des tendances républicaines assez accentuées.
P.-D. de Goësbriand, juge de paix à Daoulas sous la Restauration, traduisit en vers bretons des fables de La Fontaine. (Morlaix, 1836),
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tout en écrivant un poème sur la Bataille des Trente,
Goulven Morvan, l'abbé Perrot, recteur de Taulé, et surtout Prosper Proux, avec sa verve habituelle, ont aussi cultivé l'apologue.
Il en a été de même de M. Gabriel Milin, le Roitelet de la Bretagne, poète philologue, né à Saint-Pol-de-Léon en 1822, qui a publié à Brest, en 1867, un intéressant recueil de fables et de contes, Marvaillou grach Koz.
(( En habillant à la mode bretonne les fables « des pays étrangers, écrit M. de la Villemar- (( que, il ne se propose pas seulement d'amu- « ser sous forme de contes et de badinages, il « donne d'excellentes leçons. »
Avec le colonel Troude il a travaillé à une traduction en langue celtique de Y Imitation de Jésus-Christ. En 1869 il a fait paraître (Brest, Lefournier) le Fumez ar Geiz euz a Vreiz, la Sagesse des pauvres gens de Bretagne.
Au dire de M. Charles de Gaulle (Bévue de Bretagne et de Vendée, 1866), il a en portefeuille des poésies d'une sérieuse valeur. Lassé de l'existence des villes, il s'est retiré dans l'île de Batz, en face de RoscofT, où rien ne trouble la vue et la pensée.