‹ La poésie de Jean AicardChapitre 102 sur 112 · BAGUES FLORENTINES · texte numérisé non relu

BAGUES FLORENTINES

Les bagues de fer que Florence Avec amour cisèle encor, Sont, quoique d'austère apparence, Plus belles que des bagues d'or.

Dans l'antique cité du Dante, Plus d'un artiste, dès le jour, Fait rougir à la lampe ardente De terribles bagues d'amour.

Dompteur du fer qui lui résiste, Patiemment le ciseleur Fait courir, dans le métal triste, Des grâces de femm.e ou de fleur.

Il tord, de sa main souveraine, Autour d'un rude anneau de fer.

Le corps fuyant d'une sirène Onduleuse comme la mer;

Il sertit, dans la bouche ouverte D'une Méduse, ou dans ses yeux, La turquoise qui mourra verte, Ou les rubis, — sang glorieux.

Et le fer dit : « Je fus le glaive, Je fus la lance ou le poignard... »

— Quand le bon ouvrier l'achève:

« Moi, dit la bague, je suis l'Art. »

Florence, guelfe et gibeline, A qui son passé reste cher.

Dit: (( J'ai l'âme dure et câline:

Mes bagues d'amour sont de fer...

(( Je me souviens des vieilles luttes Et, fidèle au fer batailleur, Dans mon lys aux fermes volutes Je vois un fer de lance en fleur... »

O cité de la Renaissance, Toi qui sur le monde enchanté Répands avec magnificence Les gloires qui font ta beauté,

Garde à jamais ta bague étrange, Fer ouvré, chef-d'œuvre fini, Qu'admira le vieux Michel-Ange Et qui te vient de Cellini.

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