‹ La poésie de Jean AicardChapitre 103 sur 112 · DANS LES CATACOMBES · texte numérisé non relu

DANS LES CATACOMBES

Les sépulcres des catacombes Dans les murs froids sont rassemblés, Pareils à des nids de colombes D'où les oiseaux sont envolés!

Les anges, dans les ciels splendides, Ignorent les tombeaux ouverts Où les crânes, ces coques vides, Gisent mêlés, moisis et verts;

Mais nous, nous qui souffrons, nos âmes, S'informant toujours des tombeaux, Éprouvent des pitiés de femmes Pour les pauvres morts en lambeaux;

Et nous souhaitons que la forme Où l'âme a rêvé dans des yeux, Éternellement calme, dorme Loin des vivants trop curieux.

Hélas! La science, accroupie Sur le seuil du caveau sacré, Arrache, d'une main impie, L'hiéroglyphe déchiffré;

Et pas une tombe n'est sûre, Et toutes sont des trous béants Qui montrent, sous la moisissure.

Le néant même des néants...

Hier j'ai vu, plein de surprise.

Dans la souterraine cité.

Parmi tous ces tombeaux qu'on brise»

Un petit tombeau respecté.

Seul clos, parmi toutes ces tombes Dont on éparpilla les os, Au cœur même des catacombes Il garde seul tout son repos.

Dix-neuf cents fois la terre antique Fleurit et se renouvela, Depuis qu'au chant d'un saint cantique L'enfant qui dort fut couché là.

Or, quand on vint sceller la dalle, On fixa dans le ciment gris De la jointure verticale Deux jouets qu'il avait chéris...

Quels prêtres, ô mère chrétienne, T'ont pu permettre sans remord, Leur douleur approuvant la tienne, D'amuser l'enfant dans la mort?

Elle exigea: Dieu laissa faire; Et deux billes, tout simplement, Se bombent en double hémisphère Sur le biseau du froid ciment.

Et depuis les jours où, sous terre.

Les premiers saints cachaient l'autel, La mort nous garde, en son mystère.

Ce signe d'amour immortel.

Durant dix-neuf siècles, les hommes Se sont battus sur ces caveaux Qu'ébranla le bruit des deux Romes, Du temps antique et des nouveaux;

Sur la tombe où les frêles boules Amusent l'ombre d'un enfant, Suivi par de hideuses foules Attila bondit triomphant;

Sur ce tombeau, pourtant fragile, Le bloc de l'empire romain Croula, sapé par l'Évangile, Avec un fracas surhumain;

Le sol, déchiré de charrues, A tremblé de tous les effrois.

Au-dessus de ces mornes rues Où dormaient les sépulcres froids...

Rien n'a dérangé, dans cette ombre, Ce tombeau qu'aujourd'hui défend, Parmi des ruines sans nombre, Un petit fantôme d'enfant.

Les savants — respect insolite — Ont voulu qu'il restât muré Parce que la dalle est petite Et qu'un jouet leur est sacré!...

Ainsi, contre le sacrilège De nos scepticismes présents, Un hochet d'enfant te protège, Sépulcre de dix-neuf cents ans!

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