LA CAPTURE
Quoique ébloui du grand horizon radieux,
Un roseau dans sa main, l'enfant, de tous ses yeux,
Cherche dans l'amandier la cigale qui chante:
« Je la vois ! » Alentour, naïvement méchante,
La troupe des bambins espère et parle bas.
Lui, tend son grand roseau sans avancer d'un pas ;
La cigale se tait, mais, rêveuse, il lui semble,
En ce roseau, qui dans la main de Tenfant tremble,
Voir un brin d'amandier qu'agite un peu de vent;
L'enfant siffle, et bientôt sur le roseau mouvant
Qui vient de la frôler la cigale se pose,
Distraite par le doux siffler de l'enfant rose
Qu'échauffent le soleil, l'espoir et le plaisir.
La voilà ! Les enfants voudraient tous la saisir,
Mais chut ! il faut mener à bout la grande ruse !
Et, suivi de la bande entière qu'il amuse,
L'enfant, sifflant toujours une gamme d'oiseau,
Porte, silencieuse au sommet du roseau,
La cigale qu'il va surprendre, ainsi charmée,
Dans la subite nuit de la maison fermée.