LA LÉGENDE DU CHEVRIER
Comme ils n'ont pas trouvé place à l'hôtellerie, Marie et saint Joseph s'abritent pour la nuit Dans une pauvre étable où l'hôte les conduit, Et là Jésus est né de la Vierge Marie.
II est à peine né qu'aux pâtres d'alentour, Qui gardent leurs troupeaux dans la nuit solitaire, Des anges lumineux annoncent le mystère. Beaucoup sont en chemin avant le point du jour.
Ils portent à l'enfant, couché sur de la paille Entre l'âne et le bœuf qui soufflent doucement, Des agneaux, du lait pur, du miel ou du froment, Tous les humbles trésors du pauvre qui travaille.
Le dernier venu dit: « Trop pauvre, je n'ai rien Que la flûte en roseau pendue à ma ceinture. Dont je sonne, la nuit, quand le troupeau pâture : J'en peux offrir un air, si Jésus le veut bien. »
LA CHANSON DE l'ENFANT 133
Marie a dit que oui, souriant sous son voile... Mais soudain sont entrés les Mages d'Orient; Ils viennent à Jésus l'adorer en priant, Et ces rois sont venus guidés par une étoile.
L'or brode, étincelant, leur manteau rouge et bleu, Bleu, rouge, étincelant comme un ciel à l'aurore. Chacun d'eux, prosterné devant Jésus, l'adore; Ils offrent l'or, l'encens, la myrrhe à l'Enfant Dieu.
Ébloui, comme rous, par leur train magnifique,
Le pauvre chevrier se tenait dans un coin;
Mais la douce Marie : « Êtes-vous pas trop loin
Pour voir l'Enfant, brave homme, en sonnant la musique? »
Il s'avance troublé, tire son chalumeau Et, timide d'abord, l'approche de ses lèvres; Puis, comme s'il était tout seul avec ses chèvres. Il souffle hardiment dans la flûte en roseau.
Sans rien voir que l'Enfant de toute l'assemblée, Les yeux brillants de joie, il sonne avec vigueur, Il y met tout son souffle, il y met tout son cœur, Comme s'il était seul sous la nuit étoilée.
Or, tout le monde écoute avec ravissement; Les rois sont attentifs à la flûte rustique, Et quand le chevrier ai fini la musique, Jésus, qui tend les bras, sourit divinement.