SONNERIE FRANÇAISE
La Haye, 24 novembre 1878.
Le fleuve du temps coule avec un grand silence Et sans voix pour gémir de la fuite des jours, Mais nous avons posé sur nos plus hautes tours Des cloches d'oii chaque heure en se plaignant s'élance.
La gaine de l'horloge où la mort se balance Semble un étroit cercueil menaçant aux amours, Et, visant tous les points du cercle en ses retours, L'aiguille a l'air d'un glaive ou d'une fine lance.
Ainsi, mortels au cœur de terreurs ulcéré,
Nous nous interdisons l'oubli tant désiré
Par la forme ou la voix prêtées au temps qui pleure,
Et c'est triste d'ouïr le marteau sur l'airain
Dans vingt clochers frapper tour à tour la même heure
Qui nous fait plusieurs fois sentir un seul chagrin !