‹ La poésie de Jean AicardChapitre 47 sur 112 · LE CHANT DU DORMIR · texte numérisé non relu

LE CHANT DU DORMIR

Do, 'do, l'enfant do, ma mère nourrice, M'avez-vous chanté le chant du dormir?

Mon cœur voudrait bien s'en ressouvenir; J'ai soif de douceur, j'ai faim de justice; Où donc êtes-vous, ma mère nourrice?

Vous me chanteriez le chant du dormir.

Ai-je été bercé sur un sein de femme, Dans le tiède abri de deux bras fermés?... Les petits enfants sont les m-'eux aimés! J'ai peur de la nuit; j'ai la nuit dans l'âme; Oii donc êtes-vous, bonne vieille femme? Je voudrais pleurer dans vos bras fermés.

Oh! mon cœur d'enfant, là, dans ma poitr'ine, Je le sens qui bat... Dieu ! comme il bat fort! En moi, mes amis, le vieil homme est mort, Et j'ai retrouvé mon âme enfantine...

Un bon cœur d'enfant bat dans ma poitrine, Mais apaisez-le, car il bat trop fort.

J'ai des peurs d'enfant, peur du vaste monde, De l'ogre et du loup, du magicien ; Je voudrais quelqu'un qui m'aimerait bien, Pour passer à deux la forêt profonde; J'ai... si vous saviez! peur du vaste monde, De l'ogre et du loup, du magicien.

Et je cherche en vain... je ne sais pas même Si je fus, enfant, perdu dans les bois. Ma mère nourrice, — ou si votre voix Avait cet accent qui touche et qu'on aime... Oui, j'ai beau chercher, je ne sais plus même Si je fus, enfant, perdu dans les bois !

Si j'avais un fils, ah! bonté divine!

Quand il aurait peur, avec un baiser

Comme je saurais vite l'apaiser.

Sur les coussins blancs, dans la mousseline!

Si j'avais un fils, ah! bonté divine!

Avec des chansons! avec un baiser!

On m'aura laissé, tout seul, sans lumière, M 'endormir, petit, dans mon; berceau froid; C'est ce qui m'a mis au cœur cet effroi; J'ai même oublié — bon Dieu — ma prière! On m'aura laissé, perdu, sans lumière, M'endormir, la nuit, dans mon berceau froid.

Mais tout passera, comme un mauvais rêve, Do, do, ce cœur-là dormira bientôt...

La nourrice sait la chanson qu'il faut:

LE DIEU DANS l'hOMME 171

Dans le cimetière une voix s'élève :

Fais dodo, la vie est un mauvais rêve, Les petits enfants dormiront bientôt.

Bonne vieille mort, ma mère nourrice, Chantez à mon cœur le chant du dormir... Oh ! ne plus penser ! ni se souvenir ! Ne plus avoir faim rii soif de justice!... Oii donc êtes-vous, ma m.ère nourrice?

Vous me chanteriez le chant du dormir 1

Page 1