‹ La poésie de Jean AicardChapitre 52 sur 112 · LA REVOLTE · texte numérisé non relu

LA REVOLTE

O sages de bibliothèque,

Qui dissertons, comme Sénèque,

Du pauvre, — avec un stylet d'or, —

Et qui lui reprochons l'envie!

La sagesse, elle est dans la vie;

Le pauvre est le plus sage encor.

Les premiers penseurs, les Moïse, Montraient une terre promise.

Sur terre d'abord, puis au ciel.

Dieu, c'était l'espoir nécessaire, Et l'homme était, dans sa misère, Patient — étant immortel.

Dans l'orgueil vain de la science,

Ayant ôté la patience

Au pauvre avec l'espoir divin,

Vous lui dites: « Souffre, supporte

Ta misère d'une âme forte...

C'est inj'uste, — mais tout est vain ! »

LE DIEU DANS l'hOMME 185

Penseurs, voilà donc votre ouvrage!

Et nous demandons le courage Aux pauvres qui n'ont plus la Foi!

Et quand notre harangue est faite, Nous allons danser à la fête, Chez le ministre ou chez le roi!

Eux regardent vers nos fenêtres.

Hélas ! et pour ces tristes êtres

Nos salons sont des paradis!

Ils invoquent une Justice

Vengeresse ou libératrice...

Quoi! Dieu mort — les laisse maudits!

Ils vivent dans d'infâmes bouges;

Ils ont les pieds nus, les yeux rouges.

Brûlés de veille et de travail,

Et ce sera toute leur vie!

Et la Société servie

Les traite comme son bétail !

Eh bien, non, ce n'est plus possible!

Elle pouvait être insensible

Quand Dieu veillait sur ses enfants.

Mais lorsque l'homme est tout pour l'homme,

Le déchu se relève et somme

Les riches et les triomphants!

Le pauvre, au seuil du Louvre en fête. Invoque ce dieu qui rachète.

Dernier recours, le cœur humain, Et si ses cris sont sans réponse.

Il marche au Palais, il enfonce La porte, — avec sa grande main !

Ah î beaux parleurs, faux dieux, faux sages, Tournez donc vers moi vos visages Roses d'ivresse et de santé!...

Rappelez-vous l'heure où vous-même Vous jetiez à Dieu l'anathème, Indignés de l'iniquité!

Rappelons-nous, mes camarades,

Nos rages et nos escalades,

Ossa dressé sur Pélion,

L'assaut superbe aux dieux qu'on r:^ille!...

Le pauvre aujourd'hui nous assaille?

C'est la m.ême rébellion.

Vous êtes dieux; lui, Prométhée;

Sa misère est imméritée:

Il veut l'espoir, le pain, le feu;

Il veut de la justice en som.me:

L'homme sans dieu demande à l'homme

Ce que l'homme exigeait de Dieu!

Soyez donc les fils de Moïse !

Faites la justice promJse !

Soyez des Christs ressuscites; Donnez vos cœurs, soyez sublimes, Ou vous serez, dans les abîmes, Par les Titans — précipités!

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