‹ La poésie de Jean AicardChapitre 62 sur 112 · LE SANG DU CHRIST · texte numérisé non relu

LE SANG DU CHRIST

La Croix éternelle se dresse, L'arbre divin de la tendresse, De la pitié, du dévouement, Sur tous les sommets de la terre, Et visitée ou solitaire, Elle règne éternelliement.

Il existe un dieu dans tout homme, Et c'est Jésus-Christ qu'il se nomme, Et son autre nom, c'est Amour; Il est plus beau que Prométhée; Il est confessé par l'athée; Il éclaire comme le jour.

Il saigne au cœur des plus infimes, Qui, bravant de sanglants abîmes, Soldats, couvreurs, mineurs, marins.

Souffrent patients pour le monde, Et meurent d'une mort féconde, Suppliciés aux fronts sereins!

LE DIEU DANS l'hOMME 211

Tout homme qui meurt pour les autres, Christ vivant, est de tes apôtres!

Il est même dieu — plus que toi !

Car il n'a plus que sa souffrance; Il a perdu ton espérance: Il est charité sans la foi!

Cet homme, à l'heure du martyre, Lorsque le voile se déchire Au seuil de ton temple ébranlé, Il voit vide ton tabernacle, Mais il est son propre miracle.

Puisqu'il console inconsolé!

N'est-il pas plus grand que toi-même, L'homme nouveau dont le cœur aime.

Mais dont l'esprit crie, éperdu, A l'esprit: « Père! » à la Matière:

« Ma Mère ! » et qui meurt sans prière. Sûr de n'être pas entendu!

Ah! que du moins il se regarde.

Qu'il croie en lui-même, qu'il garde La foi dans l'amour triomphant!

Qu'il espère au moins en lui-même, Et que jamais il ne blasphème La mère, l'amour ni l'enfant!

L'homme ne croit plus, l'homme pense; L'homme n'attend de récompense Que de ce dieu qu'il porte en lui !

L'homme est triste; pas un n'espère.

L'homme est seul; il n'a plus de Père. Le Fils est le Père aujourd'hui.

Père de toutes les familles, Deux sont mortes de tes trois filles:

Il nous reste la charité; Mais elle vit, mais elle règne, Au gibet, glorieux — qui saigne Sur toutes les cimes planté!

Tandis que là-bas, 'dans les plaines, Au fond des palais, coupes pleines, Le Roi, le Riche, le Puissant Boit l'oubli des choses sévères.

Toi, debout sur mille calvaires, Tu nous verses toujours ton sang!

Bras grands ouverts, front qui s'incline,

La barbe au creux de ta poitrine,

Des clous dans tes pieds, dans tes mains,

O Jésus, tu nous dis encore :

« Je vous aime », et chacun t'adore

Dans tous les dévoûments humains.

Sang du Christ, divine rosée!

La terre en est toute arrosée; Tous les sommets en ont fleuri !

La fleur du monde la plus belle.

C'est la charité qu'on l'appelle.

C'est le cœur d'un homme attendri.

Tombe, tombe en larmes sublimes, Sang du Christ, — du flanc des victimes Sur les bourreaux rendus meilleurs.

Puis, tombant en Bonne Parole, Fais pleurer d'amour et console Toutes les mères de douleurs!

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