‹ La poésie de Jean AicardChapitre 61 sur 112 · LE CHRIST AU TOMBEAU · texte numérisé non relu

LE CHRIST AU TOMBEAU

Quand, à Gethsémani, Christ a senti le sang,

Et l'angoisse, couler sur son corps gémissant.

Lorsque la Passion sur la croix se consomme,

Quand il jette en un cri toute l'horreur d'être homme,

Ce n'est pas l'épouvante, en songeant aux bourreaux.

Qui resserre sa chair et qui court dans ses os,

Et ce n'est pas le fiel exprimé sur sa lèvre,

Ni les clous, dans ses mains qui tressautent de fièvre,

Ni l'agonie enfin, qui font pleurer sa voix.

C'est que Pierre, un ami ! l'a renié trois fois,

C'est que Jean n'est pas là, ni la Mère sublime.

Et que le Père est sourd au cri de son abîme î

Il pleure amèrement les jours où, sur son sein,

Sa mère le berçait au chant d'un verset saint.

Et l'heure où Jean, empli de tendresse divine,

Posait le front sur son épaule et sa poitrine...

Mais plus tard, quand il voit les Fem.mes à ses pieds.

Quand tous les grands Amours, toutes les Amitiés,

Baignent son corps divin de pleurs et de prière,

Alors la tombe est tiède, — et s'emplit de lumière.

Page 1