ECRIT SUR UN ÉVENTAIL
L'Amour en aucun temps ne fut un Dieu caché; C'est l'Amour en tout temps qui cherche à voir Psyché, Et, malgré les anciens, voici leur vraie histoire... Je la tiens de l'Amour lui-même: on peut y croire.
L'Amour aima Psyché. — Tandis qu'elle dormait, Épiant le sommeil de celle qu'il aimait, Il la vit un moment, la sublime inconnue, La tête sur un bras replié, chaste et nue, Et, comme il inclinait sa lampe, tout tremblant, La lampe répandit un peu d'huile, or brûlant. Et, prompte à s'éveiller, l'adoratle immortelle. Ses yeux s'ouvrant à peine, ouvrit aussi son aile. Et plus jamais l'Amour n'a revu ni touché L'âme aux ailes d'azur, le papillon Psyché.
Depuis lors il la cherche en doutant qu'elle existe, Et c'est pourquoi souvent il apparaît si triste !
Or écoutez ce trait du grand enfant lAmour.
Dans les sentiers d'avril se promenant un joui,
Il voit un papillon pâmé sur une rose
Et rêve tout à coup que, par métamorphose,
C'est Psyché qu'il voit là sur la rose dormant.
« Oh! je t'aurai, dit-il. Avançons doucement...
Je veux, qui que tu sois, prendre et baiser tes ailes.
En souvenir... » — Hélas! les papillons sont frêles
L'Amour et celui-ci furent des maladroits,
Et le dieu ne garda qu'une aile entre ses doigts!
<« Bah! dit-il aussitôt, j'en ferai quelque chose!
Sois heureux, papillon, de mourir sur la rose. »
Puis à l'aile fragile, il dit: « Je te mettrai
Aux mains des femmes comme un hochet préféré;
Tu garderas, du temps oia, dans la rose close,
Zéphyre te berçait en balançant la rose.
Le don de répéter, au gré des mains mouvant,
Ce que murmure aux fleurs le soupir doux du vent ;
Tu baiseras, sur les visages, le sourire,
La rougeur, une larme, et l'aveu que j'inspire.
Les lèvres, les soupirs, les yeux, te toucheront,
Et tu seras le voile heureux, — du sein au front.
Va, parle, sois discret, tendre... au besoin sévère!
Adieu, vole et respire, ô mon œuvre légère! »
Tout en parlant, le dieu corrigeait maint détail : Il avait grandi l'aile, et créé l'éventail.