‹ La poésie de Jean AicardChapitre 72 sur 112 · LE ROSSIGNOL · texte numérisé non relu

LE ROSSIGNOL

En ce temps-là, le rossignol N'avait rien d'heureux — que le vol, Rien d'humain que les yeux, et de divin que l'aile : Le rossignol ne chantait pas; Son cœur était triste tout bas, En silence il était fidèle.

Le rossignol était muet; La vie en son cœur affluait, Mais gonflait d'efforts vains sa gorge frémissante; Il sentait comme une aile en lui Se replier, lourde d'ennui...

Il sentait... comme une âm,e absente!

Et le rossignol se mourait D'un grand désir, d'un grand regret:

Il aspirait au chant, — oubli des plumes roses ! Et n'ayant qu'une âme d'oiseau, Il portait envie au roseau, D'où sort l'humble plainte des choses.

De l'envie, il ne dormait pas!...

Une nuit qu'il était très las, Dans un jardin royal, à travers mille branches. Il vit venir un papillon, Pâle, — comme un pâle rayon Des lointaines étoiles blanches.

Ce papillon, fils de Psyché, Peu à peu s'étant rapproché, Dans son bec délicat il le prit avec joie... Oh ! le divin papillon blanc !

Un moment il le tint tremblant, Puis se réjouit de sa proie.

Or c'était l'âme d'une enfant, La fille d'un roi triomphant, Morte en aimant celui dont elle fut aimée, Et qui, dans le parc endormi, Venait, autour de son ami, Errer sous la nuit embaumée !

Le rossignol depuis ce temps.

Toute la nuit, tous les printemps, S'exalte en cris d'amour, à tû-tête, à voix pleine! Il dit comme l'amour est fort, Plus que la vie et que la mort...

Il chante avec une âme humaine !

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