L'ADIEU
Adieu. J'ai dit adieu. Le meilleur de moi-même Avec un long soupir hors de moi s'est enfui; Tu m'as pris tout mon cœur, voyageuse que j'aime, Et je suis resté là, plein de vide et d'ennui.
Je suis je ne sais où, car mon âme voyage ;
Elle est je ne sais oii ; sais-je par où tu vas?
On m'a dit: « Vous restez tout seul, ayez courage! )>
Mais je suis plus que seul : je ne me reste pas.
Ah! comment tout entier ne t'ai-je pas suivie?
Quel devoir me retient? qu'ai-je à faire et pourquoi?
N'as-tu pas emporté la raison de ma vie,
Et n'est-ce pas mourir que d'être absent de soi?
Adieu. Je te l'ai dit, ce mot profond, si triste. Et des pleurs tout à coup m'en reviennent aux yeux, Car à tous les départs je sais qu'un spectre assiste, Que la mort est partout où se font des adieux!
Adieu. Toutes les fois qu'il frappe notre oreille, Ce mot cruel, qu'on dit tout bas et sanglotant, On craint que le malheur qui dormait ne s'éveille! On sait qu'il vaudrait mieux se taire en se quittant.
Adieu. Ce mot nous dit: <( Téméraires, tout passe! » Nous n'avions entre nous que notre volonté; Puisque nous y mettons le temps avec l'espace, Dieu qui s'indigne y peut mettre l'éternité !
C'est une mort d'un temps, l'absence, et c'est un crime ; Sachons bien que c'est mal, et que nous tentons Dieu, Quand l'âme, s'absentant de l'être qu'elle anime, Avec un être aimé s'en va dans un adieu.