‹ La poésie de Jean AicardChapitre 81 sur 112 · UXOR · texte numérisé non relu

UXOR

Je te connais, ô toi dont le cœur est un lierre Enroulé douze fois au tronc du chêne fort; Ton amour dévoué ressemble à la prière Qui suit les âmes dans la mort.

L'anneau d'or à ton doigt s'est rivé de lui-même; Ce qui manque à l'époux, tu le lui donneras; Et de ton pas, rythmé sur la Règle suprême, Tu marches, ton bras sur son bras.

Tu files de la laine en veillant sur la flamme, O vestale épousée, ô mère des vertus! Les vains désirs, glissant aux vitres de ton âme, Restent dehors, des vents battus.

Les enfants de tes fils adoreront l'aïeule Quand tes cheveux seront d'un beau blanc sur ton front ; Même veuve, jamais tu ne te croiras seule, Car tes fils pieux t'aimeront.

C'est toi qui transmettras la petite étincelle Où couve le grand feu d'un avenir divin, Et dans des milliers d'ans, tu seras toujours celle Dont l'amour n'a pas été vain.

Tu seras vénérée entre toutes les femmes, Et tu seras bénie avec des pleurs heureux, Gardienne des feux sacrés, faiseuse d'âmes, Que vénèrent tes amoureux!

Peut-être ai-je passé près de ton âme offerte, Sans pouvoir accepter le don d'un tel amour. Ton Dieu, qui sait le fond de ma peine soufferte, Ne m'a pas permis le retour...

Le débauché ne voit que ta pure paupière. Car sous ton œil limpide il abaisse son œil ; Ta chair semble un albâtre où veille une lumière, Et ta fierté n'a point d'orgueil.

Tu fondes la famille et tu fais la patrie; Le dévouem.ent est né de ton flanc maternel ; Et l'époux, sur son cœur, à la place meurtrie. Sent l'amour des cœurs purs, comme l'autre, éternel.

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