‹ La poésie de Jean AicardChapitre 87 sur 112 · JÉSUS NOMADE · texte numérisé non relu

JÉSUS NOMADE

Jésus (le salut soit sur lui!) disait souvent:

« J'ai le tronc des palmiers pour m 'abriter du vent;

D'un rayon de soleil je fais ma couverture;

La lune claire est mon flambeau dans la nuit pure;

Du poil des bestiaux mes habits sont tissus;

Tous les fruits sont mes fruits, et, poursuivait Jésus,

L'eau fraîche des torrents est un m.iel pour m.a bouche.

A l'endroit où la nuit me surprend, je me couche.

Je n'ai point de maison qu'on puisse mettre à bas.

Et je n'ai point d'enfants: mes fils ne mourront pas.

Je suis le pauvre heureux : celui qui vient au monde

Pour détruire et nier tout ce que l'orgueil fonde.

Le lys puise-t-il l'eau? dès que l'aurore a lui,

Il se réveille et bcit: la rosée est sur lui.

La terre le nourrit: quand est-ce qu'il travaille?

Le libre oiseau du ciel récolte sans semaille,

Et si vous répondez qu'il a besoin de peu.

N'étant pas gros, je dis: Vaste est l'espace bleu

Sous lequel, au soleil, s'étend la terre immense;

Et, quand l'hiver finit, le printemps recommence,

Pour que l'âne et le bœuf, le cheval, le chameau,

L'homme, trouvent partout un brin d'herbe et de l'eau.

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