DERNIERS QUATUORS DE BEETHOVEN
Dans ces derniers quatuors, le 4° violon ne domine plus autant que dans les précédents, et tout l'intérêt se partage entre les quatre par ties qui concourent ensemble à l'expression de l'idée musicale. On y trouve des développements plus étendus et plus compliqués au point de vue du rhythme, de la mesure et de l’harmonie. Les parties sont intimement enchaînées par une sorte de travail fugué dont leffet musical peut être comparé à la vue de ces précieux tissus d'Orient dont le dessin échappe parfois, mais qui nous charment et nous captivent involontairement par la beauté et l'harmonie de leurs couleurs. (Sauzay, Étude sur le quatuor.) L'auteur, dans ces compositions, semble s'être
abandonné à toute sa fougue. Les douleurs et les contrariétés de toute nature qu'il éprouvait alors expliquent jusqu’à un certain point les caprices de son imagination ardente qu'il n’aurait pu se résoudre à maîtriser, Le grand artiste compose comme il pense, comme il sent, et peu lui importe qu'on critique son œuvre; s’élevant dans les régions supérieures sans rechercher les suffrages au prix de concessions d'aucune sorte, il se comprend, et cela lui suffit.
Voici comment, d'après M. Sauzay, Baillot définissait ces quatuors en répondant au prince Galitzin, qui les lui avait communiqués en lui demandant son avis : « Beethoven vous introduit dans un nouveau monde; vous traversez des pays sauvages, vous longez des précipices; la nuit vous surprend ; vous vous réveillez et vous êtes transporté dans des sites ravissants ; un paradis terrestre vous entoure et le soleil luit radieux pour vous faire contempler les magnificences de la nature, »
* No 12 (œuvre 127, dédié au prince Galitzin ; 1822 à 1825). — Maestoso 2/4, en mb; 6 mesures forte, suivies d'un A/legro teneramente 3/4 et piano, passant bientôt dans le ton de sol mu neur et revenant au miestoso 2/4, en sol, suivi d'un Allegro. Le même maestoso se reproduit
de nouveau en w{ avec un A/legro dans lequel on rencontre toujours le sujet primitif, mais traité d'une manière différente, rentrant et se terminant dans le ton de mt b. Ce morceau présente à la fois un caractère de grandeur et de simplicité. La majesté et la délicatesse de sentiment s’y trouvent réunis comme dans la grande: âme de l'artiste.
Adagio ma non troppo molto cantabile 12/8, en la b, empreint de tristesse et suivi d’un Andan- {ino con moto en 4 temps, qui se lie à un Adagio molto espressivo en 2 temps et en m?, d’un accent religieux, ramenant au 7'empo 1° en 12/8,
Scherzo vivace. 3/4. En mé b. Fantastique. Interrompu à deux reprises par quelques mesures en 2/4 Allegro. Passe à un Presto en me b mineur puis en s2 b, qui aboutit à un point d'orgue après lequel reprend le Sci r20.
Finale, 2 temps, en mb, passant à une mesure en 6/8, Allegro commodo, qui se poursuit jusqu’à la fin du morceau. Énergie en opposition avec la douceur; vague, capricieux.
N° 43 (œuvre 130, dédié au prince Galitzin, 1825-1826). — Adagio ma non troppo 3/4, alternant avec un Allegro 4 temps, en se bp. Le mouvement change à diverses reprises pour ne se maintenir parfois que pendant une mesure.
Cette particularité pourrait bien être une conséquence de l’état maladif dans lequel se trouvait Beethoven. Une inspiration douce et affectueuse ne pouvait avoir chez lui de durée; car ses souffrances le rappelaient bientôt à la réalité en provoquant ses emportements. Accent passionné, dramatique.
Presto.2 temps. En st hbmineur, avec intercalation d’un 6/4 en s7 h dans le même mouvement.
Vague.
Andante con moto ma non troppo. 4 temps. En réb,avec modulation en lab. Vague, capricieux.
La Danza tedesca. Allegro assai. 3/8. En sol, avec modulation en wf, Accent gracieux.
Cavatine. Adagio molto espressivo. Accent affectueux et triste.
Finale allegro. 2/4. En si h. Air de danse, gracieux par lui-même, mais présenté dans un style tourmenté et agité, en passant successivement dans les tons de ré mineur, de la b, de fa, ete. (Paraît un peu long.)
Ne 14 (œuvre 131, dédié au baron Stutterheim). — Adagio ma non troppo e molto espressivo, fugué. 2 temps. Ton d’uf # mineur. Agitation, tourments, tristesse. Se lie à un Allegro molto vivace 6/8, en ré, d’un accent gai et gracieux, qui passe à un Allegro moderato en 4 temps de
quelques mesures, puis à un récitatif Adagio sur la septième dominante du ton de me, pour arriver à un Andante ma non troppo e molto cantabile 2/4 en la, d'un accent affectueux et triste.
La même pensée est reproduite sous diverses formes et dans divers mouvements : Priù mosso, temps. Andante moderato e lusinghiera. Adagio 6/8. Allegretto 2/4. Adagio ma non troppo simplice e sotto voce 9/4. Allegretto 2/4 en ut, puis en /a, pour finir dans le ton de la etdansle premier mouvement d'Andante cantabile.
Presto. 2 temps. En mi. Accent gracieux et animé. Se lie à un Adagio quasi un poco andante 3/4 en sol # mineur, triste et plaintif, puis à un A/legro en 2 temps et en ut# mineur d’un accent martial, rude et résolu, opposé à une phrase plaintive et suppliante. Dramatique ; scène de brigandage.
* N°15 (œuvre 132, dédié au prince Galitzin; 1826). — 8 mesures Sostenuto assai en 2 temps, précèdent un Aflegro en 4 temps et en {a mineur avec intercalation de mesures Adagio. Dramatique, agité, triste et plaintif, affectueux. Ces divers accents se trouvent réunis dans cet admirable morceau, où l’on remarque, vers la fin, un crescendo prononcé conduisant à un fortissime
qui marque comme une explosion de douleur et de désespoir.
Allegro ma non tanto 3/4, en la, avec intercalation d’un air de vielle ou de musette. Gaieté, grâce, simplicité. Plus heureux qu'un roi.
Canzona di ringraziamento in modo lidico offerta a la Divinità da un quarita. (Beethoven composait ce morceau après une maladie grave et voulait remercier le ciel de sa guérison.) — Molto Adagio en 4 temps. Sorte de plain-chant dans le mode lydien (5° ton de l'Église-en fa, sans l'emploi du s2 b). Con intimissimo sentimento. Accent religieux et pénétrant. Cet Adagio alterne avec un Andante 3/8 en ré, portant l’annotation : Sentendo nuova forza. L'auteur semble essayer ses forces dans cette composition, où la noblesse et l’énergie sont opposées à la douceur et à la simplicité.
Allegro marcia assai vivace. À temps. En (a. Sorte de marche interrompue par un récitatif Pit allegro en ut, suivi d’un Allegro appassionato 3/4 en la mineur, se terminant en la majeur.
Accent agité et dramatique comme celui que nous pourrions faire entendre en défendant un enfant qu'on voudrait nous ravir.
N° 16 (œuvre 133, dédié à son A. I. le cardinal Rodolphe ; intitulé : Grande fugue, tantôt libre,
tantôt recherchée, où le sujet est présenté sous plusieurs aspects par les modifications qu'il subit sous le rapport du rhythme, du ton, du mouvement). Se joue sans interruption.
Allegro 6/8, en sol. Meno mosso e moderato 2/4, en fa (piano). Allegro, 4 temps, en st b (pp). Fuga (ff), d'un accent énergique, dont le sujet est combiné avec le précédent. Meno mosso e moderato 2/4, en sol b (pp). Allegro molto e con brio (ff) 6/8, en sb, puis en /a mineur, en mi b, en la b. Meno mosso e moderato 2/4 (f). Allegro molto con brio 6/8, en sib (fp). Allegro, 4 temps (3 mesures) (/f). Meno mosso e moderato 2/4 (3 mesures) (pp). Allegro molto e con brio, 6/8, même ton (ff).
N° 17 (œuvre 134, dédié à Jean Wolfmeyer).
Allegretto 2/4, en fa, avec modulation en sol. Accent gracieux.
Vivace 3/4, en fa; modulation en sol, puis en la. Légereté, grâce.
. Lento assai e cantante tranquillo, 6/8, en ré b. Pit lento, en ut mineur, intercalé. Accent calme (Baillot).
Grave ma non troppo tratto, 3/2, en fa mineur (Le faut-il?); suivi d'un Allegro en 2 temps et en fa ({l le faut! il le faut! ). Effort d’inspiration, Vague.