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Au xvii« siècle, MALE^aLLE et [vers

JOACIIIM DU BELLAY. . 197

L'Olivier.

Ores qu'en Tair le grand dieu du tonnerre Se rue au sein de son épouse aimée.

Et que de fleurs la nature semée A fait le ciel amoureux de la terre ;

Or' que des vents le gouverneur ' desserre Le doux Zéphyre, et la foi'èt armée Voit par l'épais de sa neuve ramée Maint libre oiseau qui de tous côtés erre;

Je vais faisant un cry non entendu Entre les fleurs du sang amoui'eux nées. Pâle, dessous l'arbre pâle ^ étendu ;

Et de son fruit amer me repaissant,

Aux plus beaux jours de mes vertes années

Un triste hiver sens en moi renaissant.

(L'Olive, Sonnet.)

L'Idée.

Si nostre vie est moins qu'une journée En l'éternel '^ si l'an, qui fait le tour. Chasse nos jours sans espoir de retour. Si périssable est toute chose née ;

Que songes-tu, mon ame emprisonnée.^ Pourquoy te plaist l'obscur' de nostre jour. Si, pour voler en un plus clair séjour. Tu as au dos l'aile bien empennée.^

Qu'il semblait qu'elle seule éclairait l'u- 1. Éole.

[nivers ^ 2. L'olivier. Cet arbre lui rappelle

Et remplissait de feus la rive orientale, celle qu'il aime, M"" de Viole, dont

(VoiTL'iiE.) l'auagi-amme est olive : c'est le nom

Quand la jeune Philis au visage riant, qu'il donne .'i son recueil de sonnets.

Sortant de son palais plus clair que 3. Dans l'éternité.

[l'Orient, 4. L'obscurité.

Fit voir une lumière et plus vive et plus [belle. (Mai.e VILLE.)

Là est le bien que tout esprit désire, Là le repos où tout le monde aspire, Là est l'amour, là le plaisir encore.

Là, à mon ame, au plus haut ciel guidée. Tu y pourras recognoistre l'idée ^ De la beauté qu'en ce monde j'adore.

(L'Olive, Sonnet.)

Réveil du cœur.

Voyez, amants, comme ce petit dieu Traicte nos cœui's. Sur la fleur de mon âge-. Amour tout seul regnoit en mon courage. Et n'y avoit la raison point de lieu.

Puis, quand cest âge, augmentant peu à peu, Vint sur ce poinct où l'iiomme est le plus sage. D'autant qu'en moy croissoit sens et usage, D'autant aussi décroissoit ce doux feu.

Ores, mes ans tendans sur la vieillesse (Voyez comment la raison nous délaisse). Plus que jamais je sens ce feu d'Amour.

L'ombre au matin nous voyons ainsi croistre. Sur le midy plus petite apparoistre.

Puis s'augmenter devers la fin du jour'^.

(Les Amours, Sonnet.)

Passion.

Comme souvent des prochaines fougères Le feu s'attache aux buyssons, et souvent Jusques aux bleds, pu' la fureur du vent. Pousse le cours de ses flammes légères ;

1. Le type idéal. — Ce sonnet est qui termine la première églogue de tout à fait dans le goût de Pétrarque. Virgile :

2. Dans ma prime jeunesse. Majoresque cadunt altis de montibus ■3. Tout un paysage virgilien est ren- fumbrse.

fermé dans ces trois derniers vers. On

.songe involontairement à l'iiexamètre « Et plas allongées tombent les om-

bres du haut des collines élevées. »

Et comme encor ces flammes passagères Par tout le bois traînent, en se suvvant. Le feu qu'au pied d'un chesne auparavant Avoyent laissé les peu cautes bergères ;

Ainsi l'amour d'un tel commencement Prend bien souvent un grand accroissement : Il vaut donc mieux ma plume ici contraindre

Que d'imiter un homme sans raison, Qui se jouant de sa propre maison, Y met un feu qui ne se peut esteindre.

(Les Amours, Sonnet.)

Grandeur de Rome.

Telle que dans son char la Bérécynlhienne' Couronnée de tours et joyeuse d'avoir Enfanté tant de dieux, telle se faisoit voir En ses jours plus heureux ceste ville ancienne ;

Geste ville qui fut plus que la Phrygienne - Foisonnante en enfants, et de qui le pouvoir Fut le pouvoir du monde, et ne se peut revoir Pareille à sa grandeur, grandeur sinon la sienne.

Rome seule pouvoit à Rome ressembler, Rome seule pouvoit Rome faire trembler.

Aussi n'avoit permis l'ordonnance fatale

Qu'autre pouvoir humain, tant fust audacieux,

Se vantast d'égaler celle qui fit égale

Sa puissance à la ferre et son courage aux cieux-*.

(Antiquités de Rome.)

Les sept collines.

Celle qui de son chef les estoillcs passoit. Et d'un pied sur Thetis, l'autre dessous l'Aurore, D'une main sur le Scythe et l'autre sur le More, De la terre et du ciel la rondeur compassoit,

1. Cybèle. adorée particulièrement sur 3. Il j' a daus ces vers une \ive adle mont Bérccynte, en Phrygie. miratiou de la majesté et de la puis-

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