‹ La poésie de la RenaissanceChapitre 132 sur 215 · Paul IV. Pétrarque. Il va s'attaquer ensuite aux · texte numérisé non relu

Paul IV. Pétrarque. Il va s'attaquer ensuite aux

2. Du Bellay fait, dans ces deux pre- métaphores monotones. Cette pièce date mières strophes, le procès des fades lan- de 1553.

guenrs à la mode chez les disciples de S. Qui vient de l'Inde.

Il n'y a roc qui n'entende leur voix' ; Leurs cris piteux: ont fait cent mille fois Pleurer les monts, les plaines et les bois.

Les antres et fontaines; Bref il n'y a ni solitaires lieux.

Ni lieux hantez, voire mesme les cieux, (Xii ça et là ne montrent à leurs yeux

L'image de leurs peines

Quelque autre encor la terre dédaignant - Va du tiers ciel les secrets enseignant Et de l'amour où il va se baignant Tire une quinte essence

Si toutefois Pétrarque vous plaist mieux ', Je reprendray mon cliant mélodieux Et voleray jusqu'au séjour des dieux

Du ne aile mieux guidée.

Là dans le sein de leurs divinitez, .Je choisirai cent mille nouveautez Dont je peindray vos plus grandes beautez

Sur la plus belle idée.

(Jeux rustiques. Contre les Pélrarquistes.)

La Chanson du Vanneur.

A vous, troppe légère.

Qui d'aile passagère Par le monde volez.

Et d'un sifflant murmure L'ombrageuse verdure Doulcement esbranlez.

1 . Les descriptions de la nature, ai?so- entre les mains des poètes, qu'un pro- • e au désespoir des amoureux, ne cédé banal.

trouvent pas davantage grâce devant -3. Un dernier trait satirique va taries yeu.^ de notre poète. miner la pièce : si l'on y tient, il pé-

2. Du Bellay s'attaque alors au pla- ti\irqui.iera,\.oat comme un autre, avec tonisme exagéré, qui n'est plus guère, nue facilité extrême.

J'offre ces violettes.

Ces lis et ces fleurettes.

Et ces roses icy.

Ces vermcillettes roses.

Tout freschement écloses.

Et ces œilletz aussi.

De vostre cloulce haleine Eventez ceste plaine.

Eventez ce séjour :

Ce pendant que j'ahanne' A mon blé, que je vanne A la chaleur du jour-.

(Jeux rustiques.

Arrière-saison.

En ce mois délicieux Qu'amour toute chose incite.

Un chacun à qui mieux mieux La douceur du temps imite.

Mais une rigueur despite Me fait pleurer mon malheur.

Belle et franche Marguerite, Pour vous j'ay ceste douleur-'

Or. puis que je deviens vieux.

Et que rien ne me profile.

Désespéré d'avoir mieux.

Je m'en iray rendre '' hermite ; Je m'en iray rendre hermite.

Pour mieux pleurer mon malheur.

Belle et franche Marguerite, Pour vous j'ay ceste douleur.

1. Pendant que je peine ; ahanner 3. C'est le contraire de la poésie de vient du mot ahan, qui marque un cri Virgile dans laquelle Gialatée .=e dérobe, de fatigue. /"ffH itJ salices : « elle s'enfuit sous les

2. Cette gracieuse pièce, d'une forme saules ». Ici, c'est Damœtas qui s'enfuit très antique, est d'une inspiration à la avec une coquetterie doucement profois païenne et érudite, toiat à fait en voquante et mélancolique en même rapport avec l'esprit de la Renaissance, temps.

— Elle est imitée d'une poésie latine 4. iîe faire ermite. de l'Italien André >'avagero (1483-1529).

Mais si la faveur des dieux Au bois vous avait conduite.

On, despérc d'avoir mieux, .Te m'en iray rendre hcrmite.

Peut estre que ma poursuite Vous ferait changer couleur.

Belle et franche Marguerite, Pour vous j'ay ceste douleur'.

(Jeux rustiques. Villanelle .)

Hymne de la' Surdité '^

A PiERUE DE Ronsard.

Je ne suis pas. Ronsard, si pauvre de raison.

De vouloir faire à toy de moy comparaison

Bien ay-je. comme toy. suivy dès mon enfance

Ce qui ina plus acquis d'honneur que de chevance :

Ceste sainte fureur, qui pour suivre tes pas

M'a tousjours tenu loing du populaire bas,

Loing de l'ambilion et loing de l'avarice.

Et loing d'oysiveté, des vices la nourrice

Au reste, quoy que ceulx qui trop me favorisent. Au pair de tes chansons les miennes authorisent. Disant, comme tu sçais, pour me mettre en avant, Que l'un est plus facile et l'autre plus sçavant, Si ma facilité semble avoir quelque grâce. Si ne suis-je pourtant enflé de telle audace De la contre-peser avec ta gravité.

Qui sçait à la douceur mesler l'utilité. Tout ce que j'ay de bon, tout ce qu'en moy je prise. C'est désire comme tov. sans fraude et sans feintise.

1. Bieu que cette iJéliciease Fi//«?(«//e poésie. C'est une satire, par paradoxe,

soit de Du Bellay, jiour le fond comme de tous les incouvénieuts auxquels nous

pour la forme, elle rappelle ilAi'.OT et expose une ouïe délicate. Du Bellay a su

annonce Dksi'Ortes, tout en les sur- déployer, en ce genre, beaucoup d'ai-

pa-ssant l'un et l'autre. sance et d'adresse.

'2. Il y a de fort jolis traits daiis cette

D'cstre un bon compagnon, d'cstre à la bonne foy',

Et d'estre, mon Ronsard, dcmy-sourd, comme toy

Je diray qu'cstre sonrd à qui la difTerence

Sçail du bien et du mal n'est mal qu'en apparence

Or, celuy qui est sourd, si tel defavdt luy nie Le plaisir qui provient d'une doulce harmonie, Aussi est-il privé de sentir mainte fois L'ennuy d'un faulx accord, une mauvaise voix. Un fascheux instrument, un bruit, une tempeste, Une cloche, une forge, un rompemcnt de teste. Le bruit d'une charrette et la doulce chanson D'un asne, cjui se plaingt en effroyable son.

Et s'il ne peult goûter le plaisir délectable Qu'on a d'un bon propos qui se tient à la table, Aussi n'est-il subject à l'importun caquet D'un indocte pi'escheur ou d'un fascheux parquet-. Au babil d'une femme, au long prosne d'un prestre, Au gronder d'un Aalet, aux injures d'un maistre, Au causer d'un boulTon, aux Ijrocards d'une cour. Qui font cent fois le jour désirer d'être sourd.

Mais il est mal venu entre les damoiselles : O bien heureux celuy qui n'a que faire d'elles, Ny de leur entretien! car si de leurs bons mots Il n'est participant, par faulte de propos, 11 ne s'estonne aussi et ne se mord la langue. Rougissant d'avoir fait quelque sotte harangue. Mais il est soupçonneux, et toujours clans son cueur Se faict croire qu'il sert d'aigument au moqueur : Il ne le doit penser, s'il se pense habile homme. Ains pour tel qu'il se croit, doit croire qu'on le nomme.

Mais il n'est appelé au conseil des seigneurs : O que cher bien souvent s'achettent tels honneurs. De ceulx qui tels secrets dans leurs oreilles portent. Quand, par légèreté, de la bouche ilz leur sortent!...

La surdité, Ronsard, seule t'a fait retraire Des plaisirs de la court et du bas populaire. Pour suyvre par un trac encores non battu Ce pénible sentier qui meine à la vertu.

1. Cf. la loeutioD populaire : à la 2. Partie du tribunal où siègent les hnnne fraiiquetle. magistrats.

JoACIini DU BELLAY. 221

Elle seule a lissu rimmorlcUc couronne Du uiyrle l'aphien' qui ton chef environne : Tu luy dois ton laurier, et la France luy doit Qu'elle peull désormais se vanter à bon droit D'un Horace et Piudare et d'un Homère encore, S'elle void ton Francus, ton Francus qu'elle adore Pour ton nom seulement et le bruit qui en court- : Dois-tu doncques, Ronsard, te plaindre d'estre sourd?

0 que tu es heureux, quand le long d'une rive, Ou bien loing dans un bois à la perruque'^ vive. Tu vas, un livre au poing, méditant les doulx sons Dont tu sçais animer tes divines chansons, Sans que l'aboy d'un chien, ou le cry d'une beste. Ou le bi'uit d'un torrent t'étourdisse la teste! Quand ce doux aiguillon si doulcement te poingt. Je croy qu'alors, Ronsard, tu ne souhaites point Ny le chant d'un oyzeau, ny l'eau d'une montagne. Ayant avecques toy la surdité compagne.

Qui faict faire silence et garde cjue le bruit Ne te vienne empescher de ton aise le fruict '

(Jeux rustiques.)

Les Laboureurs.

Au Roi-'.

Sire, daignez avoir du pauvre peuple soing. Qui d'estre soulagé a le plus de besoing; Du peuple nourricier, qui fait le même office Que des pieds et des mains le pénible exercice".

Sans luy rien ne seroit de plaisant et d'aimable. Sans luy des roys seroit la vie misérable. Sans luy toute la terre infertile seroit. Et marastre à ses fils, rien ne leur produiroit Que ronces et chardons, avec le gland sauvage; Et l'eau pure seroit nostre plus doux breuvage.

1. l'aphos, ancienne ville de l'île de 4. Le fruit de ton loisir, c'est-à-dire Chypre consacrée à Vénus. — Allusion la poe'sie.

aux poésies erotiques de Ronsard. .5. François V"'.

2. La réputation qui suit ton nom. 6. Qui e^t au corps social ce que les

3. C'est-à-dire le feuillage. pieds et les mains sont au corps.

Par luy nous trafiquons avecques l'estranger, Duquel nous recueillons, pour le boire et manger, Les richesses et l'or dont notre France abonde, Gomme estant de tout bien une corne féconde'. De luy vous recevez le tiibut annuel ; Comme d'un vif sourgeon, qui court perpétuel. Et jamais ne tarit, pource que de sa course La teri-e, nostre mère, est réternelle source.

Si cesse la charrue, et si la main rustique.

Oisive par les champs, au labeur ne sapplique.

Tout le corps périra, comme un grand bastiment

Dont l'assiette n'a point de ferme fondement.

Lequel, au premier hurt- de l'aquilon colère.

Avec horrible bruit est renversé par terre.

Tous les autres labeurs, tant généreux soient-ils.

Tous les arts et mestiers, avec tous leurs outils.

Ne sont à comparer à ceste agriculture.

Qui seule par ses lois commande à la nature.

Qui d'infertile rend un terrain plantureux.

Qui change la lambrusque-* en un scep plus heureux.

Qui l'arbre transformé greffe en nouvelle sorte,

Elt fait qu'un autre fruict que le sien il rapporte;

Qui tire du bétail mille commodités.

Pour nourrir les grands rois et les grandes cités;

Qui nous donne le miel, qui fait voir la merveille

Dont natui'e a formé l'industrieuse abeille;

Bref, qui nous montre à l'œil les miracles des cieux.

Et par là nous apprend à connoitre les dieux.

Comme nature a mis dans les mouches à miel Je ne sçay quel instinct qu'elles tiennent du ciel. De travailler sans cesse, et d'une main soigneuse Recueillir sur les fleurs leur manne savoureuse : Ainsi de son labeur le peuple nous nourrit. Et pour nous enrichir luy-mesme s'appauvrit. Connue l'abeille donc vous le traiterez. Sire, Ne lui ostant du tout et le miel et la cire, Mais, pour l'entretenir tousjours en ce bon cœur. Lui ferez quelque part du fruict de son labeur;

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