‹ La poésie de la RenaissanceChapitre 133 sur 215 · Heurt, choc · texte numérisé non relu

Heurt, choc

Vous souvenant qu'Homère, en riUiadc belle, Le grand Agamemnon pasteur du peuple appelle. Et que le bon pasteur qui aime son troupeau En doit prendre la laine, et luy laisser la peau.

(A Feaxçois I'"", Discours sur les Quatre Estats.) Epitaphe d'un Chat.

Maintenant le vivre me fasclie Et a fm, Magny', que tu sçache Pourquoy je suis tout esperdu.

Ce n'est pas pour avoir perdu Mes anneaux.-, mon argent, ma bourse.

Et pourquoy est-ce donques? pource Que j'ay perdu depuis trois jours ^lon bien, mon plaisir, mes amours; Et quoyl ô souvenance grève'^1 A peu que le cœur ne me crève Quand j'en parle ou quand j'en escris : C'est Belaud, mon petit chat gris, Belaud, qui fut, par aventure, Le plus bel œuvre que nature Feit onc en matière de chats :

C'estoit Belaud la mort aux rats, Belaud, dont la beauté fut telle Qu'elle est digne d'estre immortelle.

Doncques, Belaud, premièrement, ^e fut pas gris entièrement, >y tel qu'en France on les voit naistre, Mais tel qu'à Rome on les voit estre.

Couvert d'un poil gris argentin, Ras et poly comme satin Couché par ondes sur l'eschine.

Et blanc dessous comme une ermine ;

Petit museau, petites dents.

Yeux, qui n'estoyent i^oint trop ardents. Mais desquels la prunelle perse Imitoit la couleur diverse

1. sur OuviER DE Magxy, voir 2. Mes bagnes, page 210. 3. Pénible.

Qu'on voit en ccst arc pluvieux Qui se courbe au travers des cieux.

La teste à la taille pareille ; Le col grasset, courte l'oreille, Et dessous un nez ebenin Un petit mufle lyonin, Autour duquel esloit plantée Une barbelette argentée, Armant d'un petit poil folet Son muscquin damoiselet ; Jambe gresle, petite pâte Plus qu'une moufle délicate.

Sinon alors qu'il desguainoit Cela dont il esgratignoit ; La gorge douillette et mignonne, La queue longue à la guenonne', Mouchetée diversement D'un naturel bigarrement ; Le flanc haussé, le ventre large.

Bien retroussé dessous sa charge.

Et le dos moyennement long, Vray sourian^, s'il en fut oncq', Tel fut Belaud, la gente beste, Qui, des pieds jusques à la teste.

De telle beauté fut pourveu.

Que son pareil on n'a point veu.

O quel malhevn-l ô quelle perte, Qui ne peut estre recouverte!

O quel ducil mon ame en reçoit !

Vrayment la mort, bien qu'elle soit Plus fière qu'un ours, linhumaine.

Si de voir elle eust pris la peine Un tel chat, son cœur cndurcy En eust eu, ce croy-je, mercy :

Et maintenant ma triste vie Ne havroit de vivre l'envie -^

1. Comme celle d'une gueuon. 3. N'aurait pas en haiue le désir de

2. Qui ressemble à uue souris, sans vivre, doute à cause de son poil fjris at-gentin,

dont il est parlé plus haut.

JOACHOI DU BELLAY. 225

Mais la cruelle n'avoit pas Gousté les follastres esbas De mon Belaud, ny la souplesse De sa gaillarde gentillesse, Soit qu'il sautast, soit qu'il gratast, Soit qu'il tournast, ou voltigeast D'un tour de chat, ou soit cncores Qu'il print un rat, et or' et ores Le relaschant pour quelque temps S'en donnast mille passelenips ;

Soit que d'une façon gaillarde, Avec sa patte fretillarde.

Il se frottast le musequin; Ou soit que ce petit coquin, Prive', sautelast sur ma couche.

Ou soit qu'il ravist de ma bouche La viande sans m'outrager.

Alors qu'il me voyoit manger; Soit qu'il fcist en diverses guises Mille autres telles mignardises.

Mon Dieu, quel passetemps c'estoit Quand ce Belaud virevoltoit, Follastrc autour d'une pelottel Quel plaisir quand sa teste sotte, Suyvant sa queue en mille tours, D'une jnuë imiloit le cours!

Ou quand, assis sur le derrière.

Il s'en faisoit une jartière, El, monstrant l'estomac velu De panne blanche crespelu, Sembloit, tant sa trongne estoit bonne, Quelque docteur de la Sorbonne !

Ou quand, alors qu'on l'animoit, A coup de patte il esci'imoit.

Et puis appaisoit sa colère Tout soudain qu'on luy faisoit chère'-.

Belaud n'estoit i^oint mal-plaisant, Belaud n'estoit point mal-faisant,

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