‹ La poésie de la RenaissanceChapitre 15 sur 215 · a Que telle âme me ;oit amenée · texte numérisé non relu

a Que telle âme me ;oit amenée

Que veult le juge. Adoncques s'avance elle, Et s'y en va tremblant, morne et pallie ^.

Dès qu'il la veoit, il mitigé et pallie-

Son parler aigre, et, en faincte doulceur,

Luy dit ainsi : « Vien-çà, fais moi tout seur.

Je te supply, d'un tel crime et forfaict.

Je croiroys bien que tu ne l'as point faict.

Car ton maintien n"est que des plus gaillards ;

Mais je veulx bien congnoistre ces paillards 3,

Qui avec toy feirent si chaulde csmorche '*.

Dy hardiment; as-tu paour qu'on t'escorche?

Quand tu diras qui a faict le péché,

Plus tost seras de nos mains dépesché.

De quoy te sert la bouche tant fermée

Fors de tenir ta personne enfermée?

Si tu dys vray. je te jure et promects.

Par le hault ciel, où je n'irai jamais^.

Que des enfers sortiras les brisées'"'.

Pour t'en aller aux beaulx Champs Elysées,

Où liberté faict vivre les esprits

Qui de compter vérité ont appris.

Yault-il pas mieulx doncques que tu la comptes

Que d'endurer mille peines et hontes?

Certes, si faict. Aussi je ne croy mie

Que soys" menteur : car ta phizionomie

Ne le dict point ; et de maulvais affaire^

Seroit celluy qui te vouldi'oit melTaire!

Dy-moy, n'ays paour. » — Tous ces mots alleschantz

Font souvenir de Foyselleur des champs.

Qui doulcement fait chanter son sublet.

Pour prendre au bric" l'oyseau nice et foyblet'*'.

Lequel languit, ou meurt à la pippée.

Ainsi en est la paouvre âme grippée.

Si tel doulceur luy faict rien confesser,

1. Pâle lie f ayeur. sion : aller sur les brisées de quelqu'un.

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