‹ La poésie de la RenaissanceChapitre 151 sur 215 · Son ennemi. l'iiomme · texte numérisé non relu

Son ennemi. l'iiomme

5. De sa propre mnin, il se tue. 8. Cuuneille, Ciiiim, act. I, se. iir.

On trouve des moyens, des crimes tous nouveaux,

Des poisons inconnus, ou les sanglants couteaux

Travaillent au midy', et le furieux vice

Et le meurtre public ont le nom de justice.

Les belistrcs^ armez ont le gouvernement.

l^e sac de nos cilez : comme anciennement

Une croix bourguignonne espouvantoit nos pères ■^,

Le blanc'' les faict trembler, et les tremblantes mères

Pressent à l'cstomach leurs enfans espcrdus-'.

Quand les grondans tambours sont Jiattants entendus.

Les places de repos sont places cstrangèi-es,

Les villes du milieu sont les villes frontières.

Le village se garde, et nos propres maisons

Nous sont le plus souvent garnisons et prisons.

L'honorable bourgeois, l'exemple de sa ville.

Souffre devant ses yeux enlever femme et fille

Et tomber sans merci dans l'insolente main

Qui s'eslendoit naguère à mendier du pain;

Le sage justicier est traisnc au supplice.

Le mal faicleur luy faict son procès : l'injustice

Est principe de droict; comnre au monde à l'envers.

Le vieil père est fouetté de son enfant pervers.

Celuy c[ui en la paix cachoit son brigandage.

De peur d'estre puni, estalle son pillage.

Au son de la trompette, au plus fort des marchez.

Son meurtre et son butin sont à l'ancan preschez.

Si qu'au lieu de la roue, au lieu de la sentence,

La peine du forfaict se change en recompense.

Ceux f|ui n'ont discerné les quereles des Grands

Au lict de leur repos tressaillent, entendans,

En paisible minuict, que la ville surprise

Ne leur permet sauver rien plus que la chemise.

Le soldat trouve encor quelque espèce de droicl

Et mcsme, s'il pouvoit, sa peine il lui vcndroit'"'.

Et trepiclœ matres pressera ad pector»

[natos

1. Sans doute, parce que les peuples 5. Cf. Virgile, Enéide, VII, v. 518 du midi aiment à.>'o«c/' dv coulean. On peut supposer encore qu'il s'ngit des crimes qui se commettent «"«p/fi» midi, en pldn Jour.

2. Belistii',de l'allem. belllcr, mendiant. « E: les mères en tremblant serraient;

3. Allusion .à la guen-e entre Arma- leurs enfants contre leur poitrine, guacs et Bourguignons, sous Charles VI. 6. Il vendrait à l'habitant le rachat

4. L'écharpe des luignenots était de sa peine, s'il restait encore quelque blanche. chose à celui-ci.

ACiUli'l'A D ALUKr.XJi.

1/Espagiiol inesuroit les rançons et les tailles

De ceux qu'il reliroit du meurtre des batailles

Selon leur revenu ; mais les François n'ont rien

Pour loi de la rançon des François que le bien.

Encor vous bienheureux qui, aux villes fermées.

D'un mestier inconnu avez les mains armées.

Qui goustez en la peur l'alternatif sommeil.

De qui le repos est à la fiebvre pareil ' ;

Mais je te plains, rusficq, qui aiant, la journée,

Ta pcntelante vie en rechignant gaignée.

Reçois au soir les coups, Tinjui-e et le tourment,

Et la fuitte et la faim, injuste payement.

Le paisan de cent ans dont la teste chenue

Est couverte de neige, en suivant sa charrue.

Voit galopper de loing l'argolet outrageux

Qui d'une rude main arrache les cheveux.

L'honneur du vieillard blanc, meu de faim et de rage

Pour n'avoir peu trouver que piller au village.

\f voit-on pas desjà dès ti-ois lustres passez -

Que les peuples fuyards des villages chassez

Vivent dans les forests ; là chacun d'eux s'asserre

Au ventre de leur mère, aux cavernes de terre.

Ils cerchent, quand l'humain leur refuse secours,

Les bauges des sangliers et les roches des ours.

Sans conter les perdus'* à qui la mort propice

Donne poison, cordeau, le fer, le précipice.

Misères des paysans.

Ce ne sont pas les Grands, mais les simples paisans. Que la terre connoist pour enfans complaisans. La terre n'aime pas le sang ni les ordures : Il ne sort des tyrans cl de leurs mains impures Qu'ordures ni que sang; les aimez laboureurs Ouvragent son beau sein de si belles couleurs. Font courir les ruisseaux dedans les verdes prées Par les sauvages fleurs en esmail diaprées;

1 . Parce que la fièvre a des alterna- i)lu3 de quinze ans, le lustre équivalant t'.ves. à cinq années.

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