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Depuis plus de trois lustres, soit 3. Les égarés

M. La poésie de la Renaissance. \ "j

258 LA POESIE DE LA liENAISSANCE.

Ou par ordre et compas les jardins azurez

Monsti'ent au ciel riant leurs carreaux mesurez ;

Les parterres tondus et les droites allées

Des droiturieres mains au cordeau sont réglées ;

Ils sont peintres, brodevu's. et puis leurs grands tappis

Noircissent de raisins et jaunissent d'espics.

Les ombreuses forests leur demeurent plus franches,

Esventent leurs sueurs et les couvrent de branches.

La terre semble donc, pleurante de souci,

Consoler les petits en leur disant ainsi :

« Enfans de ma douleur, du haut ciel l'ire esmeuë Pour me vouloir tuer premièrement vous tuë. \ ous languissez, et lors le plus doux de mon bien Va saoulant de plaisirs ceux qui ne vallent rien'. Or, attendant le temps que le ciel se retire Ou que le Dieu du ciel destourne ailleurs son ire, Pour vous faire gouster de ses douceurs après, Cachez-vous sous ma robbe en mes noires forests; Et au fond du lualheur-, que chacun de vous entre, Par deux fois mes enfans, dans l'obscur de mon A-entre. Les fainéants ingrats font brusler vos labeurs. Vos seins sentent la faim et vos fronts les sueurs : Je mets de la douceur aux ameres racines ; Car elles vous seront viande •* et médecines; Et je retirerai mes bénédictions De ceux qui vont suçans le sang des nations : Tout pour eux soit amer, qu'ils sortent exécrables Du lict sans reposer, allouvis ' de leurs tables ! »

Car pour monstrer comment en la destruction L'homme n'est plus un honnue, il prend réfection Des herbes, de charongne et viandes non-prestes. Ravissant les repas apprestez pour les bestes-^; La racine douteuse est prise sans danger'', Bonne, si on la peut amollir et manger; Le conseil de la faim apprend aux dents par force A piller des forests et la robbe et l'escorce.

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