Il s'adresse au roi François I". 2. Jean Marot
CLEMENT ^NIAROT. 17
Qui eust cuydé le désir d'un cœur franc Eslre caclié dessoubz un papier blanc?
Et comment peult un œuil au cœur eslire Tant de confort par une lettre lire?
Certainement, dame très honorée, J'ay leu des saints la Légende dorée', J'ay leu Alain- le très noble orateur.
Et Lancelot" le très plaisant menteur : J'ay leu aussi le roman de la Rose^ Maistre en amours, et Valère-', et Orose'', Contans les faicls des anticques Romains : Bref, en mon temps j'ai leu des livres maints. Mais en nul d'eulx n'ay trouvé le plaisyr, Que j'ay bien sceu en aos lettres choisyr. J'y ai treuvé ung langaige bénin,
Rien ne tenant du style féminin
Bien heureuse est la main qui la' ploya
Et qui vers moy, de grâce, l'envoya :
Bien heureux est qui apporter la sceut.
Et plus heureux celuy qui la receut.
Tant plus avant ceste lettre lisoye.
En aise grant' tant plus me deduisoye*^ :
Car mes ennuis sur le champ me laissèrent.
Et mes plaisirs d'augmenter ne cessèrent.
Tant que j'euz lu un mot qui ordonnoit
Que ceste lettre ardre'' me convenoit.
Lors mes plaisirs d'augmenter prindrent cesse :
Pensez adonc en quelle double et presse
1. La Leyende dorée, yiar Jacques DE laume dk Lorris en 1265, et conti- VoRAGlXE, archevêque rleGéues, vie des nuée par Jean de Meung en 1305. saints datant du xiii"= siècle : c'est un 5. Valère Maxime, auteur latin qui recueil d'anecdotes accréditées au moyen vécut sous Tibère; il est l'auteur d'une âge sur l'existence des personnages compilation intitulée : Recueil de Dils sanctifiés par l'Égli-e. et Faits mémorables.
2. Alain Chautiee (1386-1450?), 6. Okose, historien et controversiste poète et littérateur ; secrétaire de du V siècle. Il écrivit, entre autres, Charles VI et de Charles VII. Outre ses une Histoire du Monde jusqu'en 417. Poésies, on cite de lui le Quadrilofjue in- 7. La, c.-à-d. la lettre dont il est parlé vecti/ en prose. dans le passage supprimé ci-dessus.
3. lAincelot du Lac, titre d'un roman 8. Me deduisoye; en quelque sorte : de clievalerie. je nageais dans la joie.
4. Roman de la Rose, allégorie sati- 9. Ardre, brûler, rique et morale, commencée par GuiL-
M. La poésie de la Renaissance. 2
Mon cueur estoit. L'obeyssance grande.
Que je vous doibs, brusier me la commande, Et le plaisyr que j'ay de la garder, Me le delTend, et m'en vient ictarder.
Aulcune fois au feu je la boutoye ' Pour la brusier, i^uis soudain l'en ostoye : Puis l'y remis, et puis Ten recuUay ; Mais à la fin, à regret, la bruslay En disant : lettre (après l'avoir baisée). Puis qu'il luy plaist, tu seras embrasée : Car j'ayme mieuls dueil en obeyssant.
Que tout plaisyr en dcsobeyssant.
Veoilà comment pouldre et cendre devint L'aise plus grant qu'à moy oncques advint-.
(Élégies.)
Le Lion et le Rat.
Je ne t'escry de l'amour vaine et folle :
Tu voys assez s'elle sert ou afîolle ;
Je ne t'escry ne d'armes lie de guerre :
Tu voys qui peultbien ou mal y acquerre^;
Je ne t'escry de fortune puissante :
Tu voys assez s'elle est ferme ou glissante ;
Je ne t'escry d'abus trop abusant '' :
Tu en sçais prou"' et si** n'en vas usant....
Je ne t'escry qui est rude ou atTable,
Mais je te veulx dire une belle fable,
C'est à sçavoir du Lyon et du Rat.
Cestuy" Lyon, plus fort qu'un vieil Verrat, Yeit une foys que le Rat ne sçavoit Sortir du lieu, pour autant qu'il ^ avoit Mengé le lard et la cbair toute crue"; Mais ce Lyon (qui jamais ne fut Grue^")