‹ La poésie de la RenaissanceChapitre 180 sur 215 · EXTRAITS DES ŒUVRES DE RÉGNIER · texte numérisé non relu

EXTRAITS DES ŒUVRES DE RÉGNIER

Les mauvais Poètes.

Pour moy, si mon habit, partout cicatrisé',

Ne me rendoit du peuple et des grands mesprisé,

Je prendrois patienceT et parmy la piisère

Je trouverois du goust; mais ce qui doit desplaire

A l'homme de courage et d'esprit relevé,

C'est qu'un chacun le fuit ainsi qu'un réprouvé ;

Car en quelque façon les malheurs sont propices.

Puis les gueux en gueusant trouvent maintes délices.

Un repos qui s'esgaye en quelque oysiveté.

Mais je ne puis pàtir de me voir rejette.

C'est donc pourquoy, si jeune abandonnant la France, J'allay, vif de courage et tout chaud d'espérance. En la cour d'un prélat 2, qu'avec mille dangers J'ay suivy, courtisan, aux païs estrangers. J'ay changé mon humeur, altéré ma nature; J'ay beu chaud, mangé froid, j'ay couché sur la dure; Je l'ay, sans le quitter, à toute heure suivy; Donnant ma liberté, je me suis asservy, En public, à l'église, à la chambre, à la table. Et pense avoir esté mainlefois agréable.

Mais, instruit par le temps, à la fin j'ay connu Que la fidélité n'est pas grand revenu. Et qu'à mon temps perdu, sans nulle autre espei'ance. L'honneur d'estre subject-* tient lieu de recompense, jN'ayant autre interest de dix ans jà passez '■, Sinon que sans regret je les ay despensez. Puis je sçay, quant à luy, qu'il a l'ame royale. Et qu'il est de nature et d'humeur libérale.

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