‹ La poésie de la RenaissanceChapitre 184 sur 215 · François-AjQnibal d'Estrées. niar- 3. Leur bien propre · texte numérisé non relu

François-AjQnibal d'Estrées. niar- 3. Leur bien propre

qais de Cœuvres (1573-1670), maréchal 4. On ne sait quel lien choisir pour

de France en 1624. y trouver un avantage.

2. A son retour de Eome, où il avait 5. Brelan, sorte de jeu de cartes, suivi l'ambassadeur Philippe de Bé- d'où : maison de jeu.

thune, beau-frère du marquis de 6. Sorte de loterie (italien : bianea,

Cœuvres, lorsque le cardinal de Joyeuse parce que le nombre des billets blancs

était rentré en France. dépasse celui des billets noirs).

Mais puisqu'il est ainsi que le sort nous emporte, Qui voudroit se bander contre une loy si forte? Suivons doncq' sa conduite en ccst aveuglement. Qui pèche avecq' le ciel pcclie honorablement. Car penser s'afîranchir, c'est une resverie. La liberté par songe' en la terre est chérie. Rien n'est libre en ce monde, et chaque liomme despend. Comtes, princes, sultans, de quelque autre plus grand. Tous les hommes vivans sont icy bas esclaves, Mais, suivant ce qu'ils sont, ils difTerent d'entraves. Les uns les portent d'or, et les autres de fer ; Mais, n'en déplaise aux vieux-, ny leur philosopher, Ny tant de beaux escrits. qu'on lit en leurs escoles. Pour s'afîranchir l'esprit ne sont que des paroles.

Au joug nous sommes nez, et n'a jamais esté Homme qu'on ayt vu vivre en pleine liberté.

En vain, me retirant enclos en une estude, Penseroy-je laisser le joug de servitude; Estant serf du désir d'apprendre et de sçavoir. Je ne ferois sinon que changer de devoir. C'est l'arrest de nature, et personne en ce monde Ne sçauroit controUer sa sagesse profonde.

Puis, que peut-il servir aux mortels icy bas, Marquis, d'estre sçavans ou de ne l'estre pas, Si la science, pauvre, atTreuse et mesprisée. Sert aux peuples de fable, aux plus grands de risée ; Si les gens de latin des sots sont dénigrez, Et si l'on est docteur sans prendre ses degrez.^ Pourveu qu'on soit morgant-', qu'on bride'' sa moustache. Qu'on frise ses cheveux, qu'on porte un grand pannache. Qu'on parle barragouyn"' et qu'on suive le vent, En ce temps du jourd'huy l'on n'est que trop sçavant.

Du siècle les mignons, fils de la poulie blanche''. Ils tiennent à leur gré la fortune en la manche ; En crédit eslevez, ils disposent de tout. Et n'entreprennent rien qu'ils n'en viennent à bout.

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