‹ La poésie de la RenaissanceChapitre 195 sur 215 · Sa lecture (la t. : legendam · texte numérisé non relu

Sa lecture (la t. : legendam

2. Une incompatibilité de nature, de talent et de goûts existait entre entre Régnier et Malherbe, le premier surabondant et liardi dans rexjjre-sion, le second, d'une réserve sèche et exagérée dans sa correction : ce seul fait explique leur inimitié. Mais voici, d'après Tallemant (I, 274), quelle fut l'occasion de cette Satire : « Malherbe estoit brusque ; il parloit peu, mais il ne disoit mot qui ne portait. Quelquefois mesme il etoit rustre et incivil, tesmoin ce qu'il fit à Desportes. Régnier l'avoit mené disner chez son oncle ; ils trouvèrent qu'on avoit desjà servy.

Desportes le receut avec toute la civilité imaginable, et luy dit qu'il luy Youloit donner un exemplaire de ses l'seaumes, qu'il veuoit de faire imprimer. En disant cela, il se met en devoir de monter à son cabinet pour l'aller quérir. Malherbe luy dit iiistiquement qu'il les avoit desja veues, que cela ne meritoit pas qu'il prist la peine de remonter, et que son potage valloit mieux que ses Pseaumes. II ne laissa

pas de disner, mais sans dire mot, et après disner ils se séparèrent et ne se sont pas veus depuis. Cela le brouilla avec tous les amys de Desportes, et Régnier, qui estoit son amy, et qu'il estimoit pour le genre satyriijue à l'esgal des anciens, fit une satyre contre lui. »

3. KicolasRapin (1535-1 608), avocat et grand prévôt de la connétablie.

Poète à ses heures, il tournait agréablement les vers, tant français que latins. On lui doit, daus la Satire Aféni])jiée, les harangues de M. de Lyon et du recteur Rose. Il était admirateur de Ronsard et lié avec Desportes. Peutêtre assistait-il au dîner dont parle Tallemant, pour que Régnier ait eu l'Idée de lui adresser cette Satire.

4. Allusion aux vers mesurés de Rapin, sur le modèle antique. Ce fut Jodelle qui, le premier, imagina en 1553, de reproduire les vers des anciens. Après lui , Baïf , Pasquier et d'autres s'y essayèrent. — L'espression non encore chanté rappelle Horace, Odes, III, i :

Carinina non prius audita : « poésie qui n'a pas encore été entendue. »

MATIIURIN REGNIER. 331

Par ces vers j'en prens acte afin que l'advenir

De moy par ta verlu se puisse souvenir;

Et que ceste mémoire ' à jamais s'entretienne.

Que ma Muse imparfaite eut en honneur la tienne ;

Et que si j'eus l'esprit dignorance abatu,

Je l'euz au moins si bon, que j'ayniay ta vertu;

Contraire à ces resveurs-^, dont la Muse insolente.

Censurant les plus vieux, arrogammcnt se vante

De reformer les vers, non les tiens seulement,

Mais veulent déterrer les Grecs du monument^,

Les Latins, les Hébreux, et toute l'antiquaille''.

Et leur dire en leur nez qu'ils n'ont rien fait qui vaille.

— Ronsard en son mestier n'estoit qu'un aprenlif ■',

Il avoit le cerveau fantastique et rétif'.

Desportes n'est pas net". Du Bellay trop facille**;

Belleau ne parle pas comme on parle à la ville ;

11 a des mots hargneux, bouffis et relevez",

Qui du peuple aujourd'huy ne sont pas aprouvez.

Comment! il nous faut doncq', pour faire une œuvre Qui de la calomnie et du temps se delfende, [grande,

Qui trouve quelque place entre les bons autheurs, Parler comme à Sainct-Jean''^ parlent les crocheteurs" !

Encore, je le veux, pourveu qu'ils puissent faire Que ce beau sçavoir entre en l'esprit du vulgaire :

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