Sublimes. 11. Desportes
De ses fautes un livre aussi gros que le sien, Telles je les croiray quand ils auront du bien, Et que leur belle Mvise, à mordre si cuisante, Leur don'ra, comme à luy, dix mil escus de rente. De l'honneur, de l'estime, et quand par l'Univers Sur le luth de David on chantera leurs vers'. Qu'ils auront joint l'utile avecq' le délectable. Et qu'ils sçavn'ont rimer une aussi bonne table-
S'ils ont l'esprit si bon, et l'intellect si haut. Le jugement si clair, qu'ils fassent un ouvrage Riche d'inventions, de sens et de langage. Que nous puissions draper comme ils font nos écrits. Et voir, comme l'on dit, s'ils sont si bien appris ; Qu'ils monstrent de leur eau, qu'ils entrent en carrière. Leur âge défaudra plus tôt que la matière. Nous sommes en un siècle où le prince est si grand. Que tout le monde entier à peine le comprend-^. Qu'ils fassent, par leurs vers, rougir chacun de honte; Et, comme de valeur notre prince surmonte Hercule, Mnée, Achil', qu'ils ôtent les lauriers Aux vieux, comme le roy l'a fait aux vieux guerriers. Qu'ils composent une œuvi'e : on verra si leur livre Après mille et mille ans sera digne de vivre. Surmontant par vertu l'envie et le destin. Comme celui d'Homère et du chantre latin ''.
Mais, Rapin, mon amy, c'est la vieille C[uerelle : L'homme le plus parfait a manqué de cervelle; Et de ce grand défaut vient l'imbécillité Qui rend l'homzue hautain, insolent, effronté; Et, selon le subject qu'à l'œil il se pi'opose. Suivant son appétit ^, il juge toute chose.
Aussi, selon nos yeux, le soleil est luisant''. Moi-même, en ce discours qui fais le sufQsant, Je me cognois frappé', sans le pouvoir comprendre, Et de mon ver-coquin** je ne me puis défendre.
1. Desportes avait traduit eu vers 5. Suivaut sa x^assion (grec : Iti^'jjji-Io;. les Psaumes de David. 6. Tandis qu'il u'existe pas pour i\n