VlKGiLE. lui donne le vertige
Sans juger, nous jugeons; étant noti'e raison Là-haul dedans la tète, où, selon la saison Qui règne en notre humeur, les brouillards nous embrouil- Et de lièvres cornus le cerveau nous barbouillent. lent]
Philosophes resveurs, discourez hautement; Sans bouger de la terre, allez au hmiament : Faites que tout le ciel branle à votre cadence ; Et pesez vos discours mesme dans sa balance; Cognoissez les humeurs qu'il verse dessus nous. Ce qui se fait dessus, ce qui se fait dessous ; Portez une lanterne aux cachots de nature; Sacliez qui donne aux fleurs cette aimable peinture; Quelle main sur la tei're en broyé la couleur, Leurs secrètes vertus, leurs degrés de chaleur; Voyez germer à l'œil les semences du monde; Allez mettre couver les poissons dedans l'onde; Déchillrez les secrets de nature et des cieux : Votre raison vous trompe, aussi bien que vos yeux.
Or, ignorant de tout, de tout je me veux rire; Faire de mon humeur moi-même une satire : N'estimer rien de vray, qu'au goût il ne soit tel ; Vivre, et, comme chrestien, adorer l'Immortel, Où git le seul repos, qui chasse l'ignorance :
Ce qu'on voit hors de lui n'est que sotte apparence
On doit rendre, suivant et le temps et le lieu.
Ce qu'on doit à César, et ce qu'on doit à Dieu.
Et quant aux appétits de la sottise humaine.
Comme un homme sans goût', je les aime sans peine :
Aussi bien, rien n'est bon que par affection;
Nous jugeons, nous voyons, selon la passion,
Le soldat aujourd'huy ne resvc que la guerre; En paix le laboureur veut cultiver sa terre; L'avare n'a plaisir qu'en ses doubles ducats. L'amant juge sa dame un chef-d'œuvre ici-bas-. Encore qu'elle n'ait sur soy rien qui soit d'elle; Que le rouge et le blanc par art la fasse belle.