Ce qui fait
[du bon goût, A juger sans étude et raisonner de tout. {Le ilisanthiope, act. lU, se. I.)
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Aussi rien n'est party si bien par la nature
Que le sens : car chacun en a sa fourniture'.
Mais pour nous, moins hardis à croire à nos raisons.
Qui réglons nos esprits par les comparaisons
D'une chose avecq' l'autre, espluchons de la vie
L'action qui doit cstre ou blasmée ou suivie;
Qui criblons le discours, au chois se variant,
D'avecq' la fausseté la vérité triant.
Tant que l'homme le peut; qui formons nos ouvrages
Aux moules si parfaits de ces grands ijersonuages.
Qui depuis deux mille ans ont acquis le crédit
Qu'en vers rien n'est parfait que ce qu'ils en ont dit :
Devons-nous aujourdhuy, pour une erreur nouvelle
Que ces clercs dévoyez- forment en leur cervelle,
Laisser légèrement la vieille opinion,
Et, suivant leur avis, croire à leur passion.^
Pour moy, les Huguenots pourroient faire miracles. Ressusciter les morts, rendre de vrais oracles. Que je ne pourrois pas croire à leur vérité. En toute opinion je fuis la nouveauté.
Aussi doit on plus tost imiter nos vieux pères, Que suivre des nouveaux les nouvelles chimères: De mesme, en l'art divin de la Muse, doit on Moins croire à leur esprit qu'à l'esprit de Platon.
Mais, Rapin, à leur goust, si les vieux sont profanes. Si Virgile, le Tasse et Ronsard sont des asnes. Sans perdre en ces discours le temps que nous perdons. Allons comme eux aux champs, et mangeons des chardons.
(Satire ix.j
Le Repas ridicule.
..... Un de ces jours derniers, par des lieux destournez Je m'en allois resvant, le manteau sur le nez^,
1. « Le bon sens est la chose du mun. — C'est Mallierbe et son école momie la mieux partagée : car chacun qu'il attaque ainsi. peut en ôtre si bien pourvu, que ceux- 3. Cf. KoRKCf., Siilires, I. ix :
mêmes qui sont le plus flifflciles à contenter en toute autre chose, n'ont point coutume d'en désirer plus qu'ils en
Ibam forte via sacra (sicut meus est
[mes),
, ^ Xescio quid meditans uugarum, totus
ont. » (Descautes, Discours de la Me- ,. ....
. . J- . [in lUis....
lUode, 1" partie.)
2. Mis hors de la voie du sens coui- « Je suivais par hasard la voie sacrée, 31. Lut, poésiL- dï la Renaissance. 22
L'âme bizarrement de vapevirs occupée.
Comme un poëte qui prend les vers à la pipée.
En ces songes profonds où flotloit mon esprit,
Un homme par la main hazardement me prit.
Ainsi qu'on pourroit prendre un dornreur par Foreille
Quand on veut qu'à minuict en sursaut il s'esveille.
Je passe outre d'aguct', sans en faire semblant.
Et m'en vais à grands pas, tout froid et tout tremblant.
Craignant de faire encor, avecq' ma patience,
Des sottises d'autruy nouvelle pénitence-.
Tout courtois, il me suit, et d'un parler remis :
« Quoy, Monsieur, est-ce ainsi qu'on traite ses amis.^ »
Je m'arreste, contraint; d'une façon confuse.
Grondant entre mes dents, je barbotte une excuse.
De vous dire son nom, il ne guarit de rien,
Et vous jure au surplus qu'il est homme de bien
Le ciel nous fit ce bien qu'encor d'assez bonne heure. Nous vinsmes au logis où ce Monsieur demeure. Où, sans historier le tout par le menu. Il me dict : « Vous soyez, Monsieur, le bien venu. » Après quelques propos, sans propos-' et sans suite, Avecq' un froid adieu je minutte ma fuite. Plus de peur d'accident que de discrétion ; Il commence un sermon de son alTection, Me rit, me prend, m'embrasse avecq' cérémonie : « Quoy, vous ennuyez-vous en nostre compagnie.' Non, non, ma foy, dit-il, il n'ira pas ainsi. Et, puis que je vous liens, vous souperez icy. » Je m'excuse, il me force. O dieux! quelle injustice! Alors, mais las! trop tard, je cognus mon supplice: Mais iDOur l'avoir cognu je ne peus l'esviter. Tant le destin se plaist à me persécuter.
A peine à ces propos eut-il fermé la bouche, j
Qu'il entre à l'cstourdi un sot faict à la fourche '■, Qui, pour nous saluer, laissant choir son chapeau, Fist comme un entre-chat avec un escabeau,
(ce qiii est souvent ma coutume) en 2. C'est-à-dire : souffrir des sottises
songeant à je ne sais quelles futilités, d'autrui.
et tout absorbé par elles. » 3. Sans à-propos.
1. En me tenant en garde. 4. ilal dégrossi, grossier comme un
travail fait à coups de fourche.
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Trébuchant sur le coup s'en va devant derrière, El grondant se fasclia qu'on esloit sans lumière. Pour nous faire sans rire avaller ce beau saut. Le Monsieur sur la veuë excuse ce detîaut, Que les gens de sçavoir ont la visière tendre*. L'avitre, se relevant, devers nous vint se rendre. Moins honteux d'estre cheut que de s'estre dressé. Et luy demandast il s'il n'estoit point blessé.
Après mille discours dignes d'un grand volume, On appelle un vallet, la chandelle s'allume; On apporte la nappe, et met on le couvert; Et suis parmy ces gens comme un homme sans vert-. Qui fait en rechignant aussi maigre visage. Qu'un renard que Martin'' porte au Louvre en sa cage. Un long temps sans parler je regorgeois d'ennuy. Mais, n'estant point garant des sottises d'autruy. Je creu qu'il me falloit d'une mauvaise affaire En prendre seulement ce qui m'en pouvoit plaire. Ainsi considérant ces hommes et leurs soings. Si je n'en disois mot, je n'en pensois pas moings; Et jugeai ce lourdaut, à son nez autentique, Que c'estoit un pédant, animal domestique '', De qui la mine rogue et le parler confus, Les cheveux gras et longs, et les sourcils touffus Faisoient par leur sçavoir, comme il faisoit entendre, La figue'' sur le nez au pédant d'Alexandre'''....
Mais venons [au docteur] dont la maussade mine Ressemble un de ces dieux des couteaux'^ de la Chine, Et dont les beaux discours, plaisamment estourdis, Feroient crever de rire un sainct de Paradis. Son teint jaune, enfumé, de couleur de malade, Feroit donner au diable et ceruze et pommade. Et n'est blanc en Espaigne à qui ce cormoran '^ Ne face renier la loy de l'Alcoran".