Sans passion. L'amour, pour l'ordinaire, est peu fait
2. Cf. LucuÈCK, IV, V. 1146 sq. [à ces lois ; MoUère a librement traduit ce pas=age : Et l'on voit les amants vanter toujours
[leur clioix.
{Le Misanthrojje, act. II, se. v.j
Qu'elle ante' en son palais ses dents tous les matins. Qu'elle doive sa taille au bois de ses patins; Que son poil, dès le soir frisé dans la boutique. Comme un casque au matin sur sa teste s'aplique; Qu'elle ait comme un piquier- le corselet au dos, Qu'à grand' peine sa peau puisse couvrir ses os...., Son esprit ulcéré-^ juge en sa passion Que son teint fait la niqne à la perfection.
Le soldat tout ainsi pour la guerre souspire; Jour et nuict il y pense, et tousjours la désire; Il ne resve la nuict que carnage et que sang : La pique dans le poing et l'estoc^ sur le flanc. Il pense mettre à chef-' quelque belle entreprise; Que, forçant un chasteau, tout est de bonne prise ; Il se plaist aux trésors qu'il cuide ravager, Et que l'honneur luy lie au n^ilieu du danger.
L'avare, d'autre part, n'aime que la richesse; C'est son roy, sa faveur, sa cour et sa maistresse ; JNul object ne lui plaist, sinon l'or el l'argent. Et tant plus il en a, plus il est indigent.
Le paysant d'autre soin se sent l'ame embrasée. Ainsi l'humanité, sottement abusée.
Court à ses appetis, qui l'aveuglent si bien, Qu'encor qu'elle ait des yeux, si ne voit elle rien. Nul chois hors de son goust ne règle son envie. Mais s'aheurte où sans plus quelque apas la convie. Selon sou appétit le monde se repaist, Qui fait'' qu'on trouve bon seulement ce qui plaist.
O débile raison I où est ores la bride? Où ce flambeau qui sert aux personnes de guide ? Contre la passion trop foible est ton secours. Et souvent, courtisane, après elle tu cours. Et, savourant l'appas qui ton ame ensorcelle. Tu ne vis qu'à son goust et ne vois que par elle. De là vient qu'un chacun, mesmes en son delfaut. Pense avoir de l'esprit autant qu'il luy en faut";