Pour le mettre au service de mon maître
Conseils de Jean Marot à son fils.
.... Me souvient, quand sa mort attendoit ', Qvi'il nie disoit, en me tenant la dextre : Filz, puisque Dieu t'a falot la grâce d'estre Yray héritier de mon peu de sçavoir, Quicrs en - le bien qu'on m'en a faict avoir : Tu congnois comme user en est décent^.
C'est un sçavoir tant pur, et innocent. Qu'on n'en sçauroit à créature nuire.
Par preschemens le peuple on i3eult séduire; Par marchander, tromper on le peult bien; Par plaiderie on peult manger son bien; Par médecine on peult l'homme tuer; Mais ton bel art ne peult telz coups ruer '', Ains en sçauras meilleur ouvrage tistre"'. Tu en pourras dicter Lay** ou Epistre, Et puis la faire à tes amys tenir.
Pour en l'amour d'iceulx l'entretenir.
Tu en pourras traduyre les volumes Jadis escripts par les diverses plumes Des vieulx Latins, dont tant est mention.
Apres tu peulx de ton invention Faire quelque oeuvre à jecler en lumière : Dedans lequel en la fueille première Dois invoquer le nom du tout puissant : Puis descriras le bruyt resplendissant De quelque Roy ou Prince, dont le nom Rendra ton oeuvre immortel de renom :
Qui te sera, peult estre, si bon heur''^. Que le proullît sera joinct à honneur.
Donc pour ce faire, il fauldroit que tu prinses Le droict chemin du service des Princes, Mesmes'^ du Roy, cjui chérit et practique Par son hault sens ce noble art Poétique. Va donc à luy, car ma fin est présente'-',
1. Quand Jean ilarot attendait sa 6. Petit iv-eit en vers que disaient mort. les trouv.!'re3.
2. Cherche à en retirer. 7. Taiii de bonheur. S. Comme il convient. 8. Principalement.