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LA RENAISSANCE LITTERAIRE

L'historien Burckhardt raconte que, le i5 avril 1445, le bruit se répandit dans Rome qu'on avait découvert le corps, admirablement beau et parfaitement conservé, d'une jeune Romaine des temps antiques. On allait jusqu'à dire qu'elle avait encore les couleurs de la vie, que sa bouche semblait prête à s'ouvrir pour parler. Quantité de peintres vinrent copier cette merveilleuse dépouille; « car elle était belle au delà de toute expression, et il fallait l'avoir vue pour croire à cette beauté naturelle ».

Cette gracieuse et symbolique légende donne une idée parfaite de l'état des esprits, dans l'Europe occidentale, au xv^ siècle, à l'aurore de la Renaissance.

C'est qu'en effet, en face de la culture intellectuelle du moyen âge, fondée surtout sur l'esprit religieux, naît une cuTture nouvelle, qui se rattache particulièrement à l'antiquité. L'Italie devient le foyer de cette résurrection du passé : les souvenirs de l'antiquité y étaient restés plus vivaces que partout ailleurs; derrière les monuments de la Rome chrétienne, on retrouvait à chaque instant quelque vestige, quelque ruine célèbre, dont le zèle des archéologues du temps parvenait, à grand peine, à reconstituer l'histoire. Enfin les ouvrages des littératures grecque et romaine étaient plus nombreux en Italie que partout ailleurs. On les regardait comme la source de toute science, dans le sens le plus absolu du mot : c'est ainsi que Dante avait pris Virgile comme guide de son voyage à travers le monde infernal, et qu'il avait évoqué la grande ombre d'Homère, le poète-roi, celles d'Horace, d'Ovide et de Lucain.

Cependant, quelque influence que les écrivains de l'antiquité eussent exercée en Italie au moyen âge et pendant le xive siècle, la beauté antique s'y était surtout révélée aux esprits à travers les œuvres des Latins, dont on con-

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