XIV INTRODUCTION
naissait les poètes, les historiens et les orateurs les plus célèbres ; quant aux Grecs, Aristote, Plutarque et quelques autres, on s'en inspirait surtout dans des traductions; on n'entrevoyait Homère qu'à travers Virgile, Pindare qu'à travers Horace, Platon et Démosthène qu'à travers Gicéron; l'érudit Pétrarque ignorait si bien le grec, qu'il se plaignait douloureusement de ne pouvoir lire un Homère^ dont le texte lui paraissait indéchiffrable, et qu'il admirait sans le comprendre.
Pétrarque peut être considéré comme le véritable promoteur de la renaissance littéraire, au xiv« siècle. Nous ne voyons plus guère en lui, aujourd'hui, que le grand poète italien; mais son principal titre de gloire, auprès de ses contemporains comme à ses propres yeux, « est qu'il représentait, en quelque sorte, l'antiquité dans sa personne, qu'il imitait la poésie latine dans tous les genres, qu'en écrivant de grands ouvrages d'histoire et des traités de philosophie, il ne cherchait pas à faire oublier les ouvrages des anciens, mais à en propager la connaissance^ ». 11 possède dans sa bibliothèque Térence, Horace, Stace, Pline, Quintilien et Sénèque; il étudie Gicéron avec passion. Pour mieux pénétrer le sens des auteurs qu'il prend en main, il ne les lit qu'en les annotant. Bien plus, il les apprend par cœur, et il arrive ainsi, lentement, patiemment, à leur dérober le secret de leur forme. Enfin luimême se met à la découverte de manuscrits nouveaux, fouille les bibliothèques, et transcrit de sa propre main, avec un soin pieux, les œuvres que le hasard lui a révélées.
Son ami Boccace partageait sa passion et son enthousiasme : on ignorait encore, en Europe, qu'il était l'auteur du Dècaméron^ alors que depuis cinquante ans on admirait ses compilations mvthographiques , géographiques et biographiques en langue latine. L'Italie entière était donc convaincue, malgré les œuvres dont l'avaient dotée ses poètes, que l'antiquité était la source de goût la plus pure à laquelle elle pût aller puiser.
Aussi avec quel enthousiasme Pétrarque signale-t-il à Boccace le Galabrais Léonce Pilate, qu'il a décou-