‹ La poésie de la RenaissanceChapitre 51 sur 215 · Voici ce dizain : Assez priser votre belle science · texte numérisé non relu

Voici ce dizain : Assez priser votre belle science

Si ceulx à qui devez, comme vous dites, 4. Ce sont les noms supposés de ses

Vous cognoissoient comme je vous cognois, créanciers.

Quitte seriez des debles que vous feisles 5. Voilà un trait d'audace que Marot

Le temps passé, tant grandes que petites, sait se faire pardonner à force d'ingt'--

En leur payant un dizain toulesfoys, niosité naïve et hardie, tout à la fois. Tel que le vostre, qui vaull mieux mille foys

CLEMENT MAKOT. 51

De Ouy et Nenny'.

Ung doulx Nenny, avec un doulx sousrire. Est tant honneste, il le vous fault apprendre : Quant est d'Ouy, si veniez à le dire.

D'avoir trop dict je vouldrois vous reprendre : Non que je sois ennuyé d'entreprendre D'avoir le fruict, dont le desyr me poinct : Mais je vouldrois qu'en le me laissant prendre, Vous me disiez : « Non, vous ne l'aurez point. »

[Epigrammes.)

De Nenny.

Nenny desplait et cause grand soucy Quand il est dict à l'amy rudement :

Mais quand il est de deux yeulx adouci Pareils à ceulx qui causent mon tourment, S'il ne rapporte entier contentement, Si monstre il bien que la langue pressée Ne respond pas le plus communément De ce qu'on dict avecques la pensée.

{Ex)ig ranimes.)

D'une Dame de Normandie^.

Ung jour la dame, en qui si fort je pense.

Me dict ung mot de moy tant estimé.

Que je ne pculxen faire récompense.

Fors de l'avoir en mon cueur imprimé.

Me dict avecq un ris accoutumé :

« Je croy qu'il fault qu'à t'aymer je parvienne. »

1. Ce morceau donne une idée exacte qui parfume d'un peu d'amour vrai ses

de ce que Boileaa appelle l'élégant badi- audacieuses coquetteries.

nage de Jlarot : rien ne caractérise 2. Marguerite de Navarre est ainsi

mieux, en effet, cette grâce enjouée, désignée parce qu'elle possédait \o du-

tendre et quelque peu impertinente du ché d'Alençcn. courtisan spirituel et honnête homme,

Je luy respons : « Garde n'ay qu'il m'advienne Ung si grand bien, et si ose affirmer Que je debvrois craindre que cela vienne, Car j'ayme trop, quand on me veult aymer. »

{Epigrammes.)

A Geffroy Bruslard.

Tu peins ta barbe, amy Bruslard : c'est signe Que tu voudrois pour jeune estre tenu.

Mais on t'a veu n'agueres ' estre un cigne. Puis tout à coup un corbeau devenu.

Encor le pis qui te soit advenu C'est que la mort, plus que toi fine et saige, Congnoit assez que tu es tout chenu-.

Et t'ostera ce masque du visaige-^.

{Epigrammes.)

D'un Usurier.

Un usurier à la teste pelée

D'un petit blanc'' acheta un cordeau

Pour s'estrangler, si par fx'oides gelées

Le beau bourgeon de la vigne nouveau

N'estoit gasté^. Après ravine'' d'eau,

Selon son vœu, la gelée survint.

Dont fut joyeux; mais, comme il s'en revint

En sa maison, se trouva esperdu

Voyant l'argent de son licol perdu

Sans profiter : sçavez vous ce qu'il fit.^

Ayant l'egret de sou blanc, s'est pendu

Pour mettre mieulx son licol à profit.

{Ejngrammes.)

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