UN SOIR A VÉRONE
Cf. Les Vivants et les Mort:-.
Mesdames et Messieurs, je vous avais annoncé un exposé. Parfois, malgré cette promesse, j'ai quitté la place du guide et suis monté sur la chaire du sermonneur. Mon excuse, si je mérite le pardon, est d'avoir eu pour bible une œuvre admirable.
Madame de Noailles dépassera le souvenir des poètes et vivra dans la mémoire des hommes. J'associerai, empiétant sur l'avenir, le nom de cette poétesse au nom d'une autre poétesse dont le nom nous émeut toujours ; je veux parler de Madame Desbordes-Valmore. Comme elle, Madame de Noailles nous porta sa ceinture de roses, et sa ceinture s'est dénouée pour nous, parce que les roses étaient trop lourdes; nous en respirerons plus tard en ses livres, l'odorant- souvenir.
Les femmes sauront aimer celle qui chanta leur espérance et magnifia leur volupté. Nous voudrons oublier la prêtresse qui pleure d'avoir été femme et s'agenouille au bord des tombeaux ; car il est né-
cessaire de conquérir soi-même l'expérience de la vie, le désespoir et la pensée. Nous conserverons d'elle la première image : la jeune fille qui tressaille et craint d'être humaine, en sentant, par un crépuscule défaillant, défaillir son cceur trop lourd, s'éparpiller au vent du soir les pétales de son âme innombrable...
Les lèvres diront éternellement les mêmes mots d'amour ; elles murmureront ses vers impérissables. Tant que des jeunes gens souffriront de la langueur inexplicable des crépuscules, tant que, pour la joie douloureuse de communier leurs tristesses, ils chercheront à se joindre, son nom charmera leur émoi.
Ciel léger de notre France, soirs amollis des Pyrénées, volupté mystique des nuits au pays basque, bruits de la mer, appel des trains qui passent, religieuse attente du bonheur qui ne viendra pas, mort des roses, claire et paisible ivresse de nos jardins, nostalgie des beaux voyages... elle vous chanta de toute son âme. Ah ! tous ceux-là — pourquoi ne pas dire : nous tous ? — nous tous qui avons eu peur de mourir, nous tous qui avons sangloté les mots que sanglotait Hamletau bord du tombeau d'Ophélie, nous nous souviendrons, en une chère religion, de celle qui écrivit ces vers éperdument humains :
D'autres seront alors vivants, joyeux, contents, Des hommes marcheront auprès des jeunes filles, Ils verront des labours, des moissons, des faucilles, La couleur délicate et changeante des mois. Moi, je ne verrai plus, je serai morte, moi, J e ne saurai plus rien de la douceur de vivre. . . Mais ceux-là qui liront les pages de mon livre, Sachant ce que mon âme et mes yeux ont été, Vers mon ombre riante et pleine de clarté Viendront, le cœur blessé de langueur et d'envie Et ma cendre sera plus chaude que leur vie !
J'ai noté, au cours de cette conférence, les titres de quelques poèmes, extraits des livres de Madame de 'Noailles. Ces poèmes ont été récités à l'Université Populaire, dans cet ordre et par mêmes séries. Ils ont été choisis pour souligner ou compléter mon exposé, sans aucune prétention d anthologie/
Le Cœur Innombrable. — Calman-Lévy, Paris.
L'Ombre des Jours. —
Les Tzblouissements. —
Les Vivants et les Morts. — - Arthème Fayard et C1'', Paris.
3749. — Tours, imp. E. Arrallt et C'
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■ueen Su, Ottawa
La Bibliothèque Université d'Ottawa
Echéance
The Library University of Ottawa
Date due