LA FIANCÉE
Oh ! que c'est ennuyeux, c'est la seconde fois. Ça m'était arrive il y a déjà trois mois.
LE POETE
Tu pourrais les mettre à sécher près de la grange, Où la génisse et la vache ne passent pas.
Il y a une corde en osier à des échalas.
LA FLANCÉE
Près de la grange, l'ombre est trop épaisse à cause du
[noyer.
l'ame du poète (au poète qu'elle a suivi.)
Ton cœur en ce moment est dans l'ombre du noyer.
Ton bonheur est comme le soleil qui glisse
sur le perron usé, les paules et les glycines
au bois tordu et dur. Là-bas, sur la haie,
séchaient les bas légers de la fiancée,
et la vache qui passait les a mangés,
parce qu'ils éclairaient le soleil comme l'herbe bleue,
parce que la vache était contente sous le ciel en feu,
parce que tout était bon, parce que tout était doux,
parce que tout était luisant comme le houx,
parce que la vie est comme l'eau qui coule
sur les cressons et les pierres dorées et douces.
LE POÈTE
Fiancée, donne-moi un verre d'eau ?
LA MÈRE (à la servante qui est entrée)
Va au puits chercher de l'eau. Ne cogne pas à la pierre le seau usé, la cruche. Va.
Ecoutez encore la complainte du petit veau :
Les pauvres donnent aux pauvres. Je ne sais pas si les riches donnent jamais !. . . Le petit veau,
dont on mange la viande, je Tai connu
avant qu'on le menât mort à la banlieue.
Il s'amusait gaîment aux luzernes fleuries
à menacer de ses jolies petites cornes un chien doux.
Ce petit veau était pauvre et parce qu'il était pauvre
il finit dans le ventre des pauvres.
Il a fait son devoir en vivant, en mourant.
Fais ton devoir aussi en mourant et vivant.
Encore une fois, cela n'est plus de Tart ni de la poésie, c'est un jeu d'enfant ou de malade.